Le blog juridique de Jean Belotti

Le 11 septembre 2011, 10 après, comment éviter le renouvellement d'un tel drame ?

Le 12/09/2011, par Jean Belotti, dans Public / Transport.

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Extraits d'une interview de Jean Belotti donnée à TourMag.

Etat du contrôle de l'accès aux zones où sont stationnés les avions

Les dispositions prises pour interdire l'entrée d'un intrus dans les zones occupées par les
avions sont et resteront toujours insuffisantes. Impossibilité de contrôler la longueur du pourtour d'un aérodrome et les centaines de cheminements qui existent à l'intérieur et à l'extérieur des bâtiments dispersés dans l'aéroport, ainsi que les milliers d'employés qui y travaillent, de jour comme de nuit. Une barrière électrifiée tout le long du périmètre de l'aérodrome, des radars tous les 50 mètres, des chiens d'alerte n'y suffiraient certes pas.

De surcroît, comment faire pour être certain que dans les milliers de personnes employées sur l'aéroport ou le fréquentant, il n'y ait pas, dans les livreurs, dans les simples visiteurs, dans les personnes qui accompagnent les passagers, un terroriste ?

Effectivement, plusieurs fois, des journalistes ou même des enquêteurs - officiellement accrédités par les autorités - ont montré qu'il était facile de pénétrer dans les zones réservées et interdites au public. C'est ainsi que les systèmes de sécurité des aéroports américains ont été mis à l'épreuve. En quelques mois, sur plus de 150 tentatives, les inspecteurs ayant réussi à passer au travers des filets de sécurité six fois sur dix, la presse, aussitôt, qualifia les aéroports de “passoires”.

Finalement, il est évident qu'il est toujours possible de trouver une faille à tous les systèmes de protection imaginables. Nous avons tous en mémoire le film relatant la “bataille de l'eau lourde” où une poignée de volontaires arrivent à s'infiltrer dans l'usine et font exploser des installations secrètes, extrêmement surveillées et réputées inviolables ; le film “Les canons de Navarone”, où un commando de quelques hommes réussit à faire exploser les énormes canons qui barraient, en mer Egée, le passage à le flotte britannique.

Moyens à la disposition des pilotes pour pallier toute tentative d'attentat

Des consignes confidentielles sont données aux équipages quant au comportement à adopter face à de telles situations. Je ne vous en dirai donc pas plus aujourd'hui. Sauf, cependant, quelques mots sur une procédure qui est maintenant connue de tout le monde.

Une des façons de faire savoir aux contrôleurs de la navigation aérienne que le Commandant de bord était sous la menace d'un pirate de l'air consistait à afficher un certain code sur un appareil dénommé le “transpondeur”. Ainsi, le chiffre caractéristique apparaissant sur l'écran radar du contrôleur, celui-ci pouvait aussitôt aviser les autorités concernées tout en prenant les dispositions nécessaires pour libérer la route suivie par l'avion aux mains des pirates. Oui, mais voilà ! Il s'est trouvé un journaliste en mal de copie ou à la recherche du sensationnel qui, non seulement, a expliqué comment fonctionnait le système, mais a indiqué le numéro du code affiché par les pilotes. Il en est résulté que tous les pirates de l'air, dès qu'ils pénétraient dans le poste de pilotage, vérifiaient que l'équipage n'affiche pas ledit code sur leur “transpondeur”, dont
ils connaissaient d'ailleurs l'emplacement exact.

En conclusion, bien que les pouvoirs déjà attribués au Commandant de bord aient été étendus dans le cas d'actes d'intervention illicite, il n'en reste pas moins vrai qu'il est impuissant devant l'obstination et le fanatisme de “kamikazes”.

Un 11 septembre bis serait-il encore possible ?

Il n'est pas possible répondre parce que le risque de cette éventualité n'est pas mesurable, ni qualifiable en terme de probabilités. Tout ce que l'on peut dire est que la mise en place d'une organisation d'un tel attentat de cette importance est toujours possible car, dans une telle éventualité, ce ne sont pas les contrôles actuels qui seraient susceptibles de barrer la route aux terroristes. Je ne décrirai pas ici les diverses façons de mettre en danger un avion, dont plusieurs sont probablement déjà connues des terroristes.

En fait, la sensibilité du transport aérien à ce type d'intervention a perdu de son intérêt pour les terroristes. Ils semblent donc avoir abandonné la cible de l'aérien, suffisamment satisfaits, en plus de leur attentat, d'avoir déclenché une psychose qui, s'étant propagée au sein des populations, a affaibli et stressé tous les pays. Donc, pour eux, mission doublement accomplie.

Ces récentes années, les faits montrent que la nouvelle stratégie a été de déclencher des
catastrophes d'envergure dans des lieux publics, étant donné que tout le monde peut être atteint, n'importe quand, n'importe où, et cela sans une organisation lourde complexe et coûteuse, tout en ayant un impact nettement plus important que celui de la perte d'un avion et de ses passagers.

Comment éviter le renouvellement d'un tel drame ?

La solution, pour éviter le renouvellement d'un tel drame ne se trouve pas dans la
confiscation des pinces à ongles ou le “profiling” (identification au faciès du passager), mais à un niveau beaucoup plus élevé, celui des Etats. Félicitons-nous des résultats déjà obtenus :

  • Les “mandats d'arrêts”, désormais devenus européens, ont été un premier pas dans la voie d'une coopération internationale.
  • Avec la traque contre le groupe islamique Abu Sayyaf (réputé lié aux réseaux Al Qaida de Ben Laden), la guerre totale déclenchée par les américains contre le terrorisme (dans tous les pays qui sont actuellement dans le collimateur : Proche-Orient, Algérie, Somalie, Afghanistan, Pakistan, Yémen, Indonésie, Philippines,... ) a porté ses fruits. Plusieurs terroristes ont été éliminés et des centaines de fanatiques suspects ont déjà été arrêtés.
  • L'assistance aux pays “sensibles” du Moyen-Orient et d'ailleurs, en vue d'assurer la pérennité d'un ordre démocratique, a enregistré d'intéressants résultats qui ont été les prodromes aux révolutions actuelles de plusieurs peuples de pays où le terrorisme était implanté.

Aujourd'hui, 11 septembre 2011, à l'aube de ce troisième millénaire, alors que nos pensées vont aux milliers de victimes et à leurs familles, il reste à oeuvrer pour que la paix règne sur la terre, afin que disparaissent à jamais les attentats terroristes.

Retrouvez l'interview intégrale donnée par Jean Belotti en une douzaine de questions-réponses sur TourMag.com :
- 11 septembre 2001 : les contrôles actuels ne barreront pas la route aux terroristes...

© 2011 Net-iris & Jean Belotti

   

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