Le blog juridique de Jean Belotti

Air France/KLM, entre contradiction de décisions et raisons inexpliquées

Le 26/09/2011, par Jean Belotti, dans Public / Transport.

Vos réactions...

   

L'annonce d'un plan d'économies et la commande géante d'appareils pour Air France/KLM révèlent-elles deux décisions contradictoires ?

Il s'agit, d'après ce que l'on sait, de prendre des mesures - dès maintenant et en 2012 - qui permettront de réduire les coûts et d'améliorer la compétitivité d'Air France/KLM par rapport à ses grands concurrents européens, tout en validant une commande ferme d'environ 50 avions et 50 options (Airbus A350 XWB et Boeing 787 Dreamliner).

Tout d'abord, on peut s'étonner que ce plan de rigueur ait été mis en place alors que :

  • le trafic d'Air France/KLM a progressé de 6,9% en juillet et de 7,6% en août ;
  • les compagnies aériennes du monde entier - avec 2,77 millions de vols pour le mois d'août 2011 - ont enregistré une augmentation de 3 % par rapport à août 2010. C'est donc le troisième mois consécutif que l'aviation mondiale enregistre ces mêmes taux de croissance ;
  • qu'il est prévu pour 2012 une croissance de près de 5%.

Puis, il convient de rappeler quelques conséquences de tels plans de rigueur. Ont déjà été envisagés un plan de départ volontaire à la retraite (alors que la compagnie, en deux ans a déjà perdu 10% de ses effectifs) et le gel des embauches. Plus grave encore, disent les organismes représentatifs des personnels : sans reprise de la croissance, un plan de suppression porterait sur 5.000 à 10.000 postes sur les 58.000 actuels.

Par ailleurs :

  • l'annonce de contrats à durée déterminée et les contrats d'intérim est une solution qui n'est pas de nature à motiver les personnels, alors préoccupés par l'insécurité de leur emploi ;
  • quant à avoir davantage recours à la sous-traitance, il n'est pas certain que cela serait moins coûteux que les propres prestations internes de la compagnie, sauf à solliciter des entreprises "de bas niveau", peu coûteuses, mais peu performantes sur le plan de la fiabilité, voire de la sécurité.

Depuis des décennies, lors des périodes de récession, de tels plans ont vu le jour. Or, étant donné que les phases de ralentissement de l'activité ont toujours été suivies d'une reprise, puisque le nombre de passagers transportés est en constante progression, force est de constater que dans la phase de reprise :

  • la perte du savoir-faire des personnels qui ont été mis à la retraite anticipée est préjudiciable à l'efficience de la compagnie ;
  • quant aux employés restés en place, ce sont eux qui supportent la charge de travail supplémentaire, en devant travailler plus vite et mieux ;
  • il est alors urgent de procéder à des embauches qui ne sont pas forcément opérationnelles dans de brefs délais.

Au sujet de l'autre source d'économie citée, celle de la diminution des capacités de la compagnie, c'est-à-dire la suppression de certains vols, indépendamment de la réaction d'une certaine clientèle pénalisée, il en résulte une part plus importante des frais fixes par rapport aux frais variables de l'exploitation.

Finalement, prendre des dispositions pour pallier les effets d'un ralentissement de l'activité économique et d'être prêt lors de la reprise, démontre qu'Air France entend assurer sa pérennité et il convient de s'en féliciter. Il reste que cette double vision antinomique de l'avenir conduit à des décisions qui paraissent incompatibles. Or, il ne fait aucun doute qu'il existe certainement de bonnes raisons les justifiant, qui méritaient d'être données par Air France, ce qui éviterait les interrogations de ses fidèles clients.

Par Jean Belotti

© 2011 Net-iris & Jean Belotti

   

Commentaires et réactions :


 Fiche de Jean Belotti

Profession : Consultant aéronautique
Société : Ancien pilote de ligne
Docteur d'Etat es-sciences économiques

Blog ouvert le : 08/12/2000
Nombre d'articles publiés : 44

Ses publications antérieures au 26/09/2011 :


Ses dernières publications au 26/09/2016:

-