Le blog juridique de Raphael Piastra

Libres propos sur l'identité nationale

Le 11/12/2009, par Raphael Piastra, dans Public / Droit Administratif.

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Le grand débat national en cours sera utile à notre société s'il est objectif, constructif et non partisan. Chaque citoyen se doit, selon nous, d'y participer. Pour ce faire il semble incontournable de rappeler ici l'importance de l'ouvrage de Fernand Braudel sur "L'identité de la France". Souhaitons que les débatteurs s'inspirent de la diversité et de l'immensité de cette étude essentielle mais malheureusement inachevée.

"L'identité nationale n'est pas un gros mot" énonce avec raison le président

Sarkozy. Il ne doit pas être un concept abstrait voire tabou pour intellectuels ou politiques en manque d'inspiration. A l'heure ou l'Europe se consolide et ou la mondialisation est le nouvel ordre, il est important de débattre sur ce que c'est qu'être français aujourd'hui ? Car selon nous le débat porte pour l'essentiel là-dessus. Nous proposerons quelques réflexions d'abord sur la base de certaines réalités devenus des évidences mais qui méritent d'être rappelés (1) et ensuite sur des bases plus juridiques (2).

1) Le rappel de quelques réalités

La France est notre "cher et vieux pays" disait de Gaulle. En effet, père fondateur de l'Europe et terre des droits de l'homme, notre pays possède une histoire millénaire, une forte culture, une langue, des traditions, qui sont des références internationales. La France c'est aussi un pays à la géographie aussi riche que variée tant en métropole qu'outre-mer. Et ce sont cette histoire et cette géographie, dont quelques écervelés voudraient présentement dispenser les apprentis bacheliers scientifiques... Science, nonobstant tes avancées, que de crimes accomplis en ton nom ! L'histoire doit être ta conscience. Et à l'heure ou s'ouvre le crucial sommet de Copenhague, on doit se souvenir avec Rabelais que "science sans conscience n'est que ruine de l'âme".

La France, "fille ainée de l'Eglise" également, c'est aussi une richesse culinaire inégalée dans le monde, qu'à raison le président Sarkozy voudrait faire inscrire au patrimoine mondial de l'humanité. Egalement la France est, chacun le sait, le pays le plus visité au monde. Et Paris, son coeur culturel, est la capitale qui attire le plus de touristes. Le très sérieux "Quality if Life Index (2008)" a publié un sondage qui place la France, avec 82% des voix, au premier rang des pays ou il est le plus agréable de vivre. Et ce devant la Suisse et les USA ! Donnons les critères de ce sondage car ils sont révélateurs et au soutien de notre analyse. Dans l'ordre décroissant d'importance relevons : coût de la vie, loisirs et culture, économie, environnement, libertés, santé, infrastructures, climat, risques et sécurité. Fermez le ban serait-on tenté de dire !

Mais la France c'est aussi le pays au monde ou le confort social est le plus élaboré. Ceux qui y vivent officiellement le savent. Ceux qui en vivent, légalement ou pas, encore mieux et ceux qui y viennent, officieusement ou pas, également. Attention à ce que l'antinomie croissante entre chacun de ces groupes ne mette pas à mal le système référent qui est le notre... La France offre des droits, notamment sociaux, multiples et variés que chacun connait. Elle fait beaucoup pour celles et ceux présents sur son sol. Mais ces derniers devraient aussi faire leur cette pensée de JF Kennedy qu'il nous plait à répéter : "ne te demande pas ce que ton pays peut faire pour toi mais demande toi ce que TU peux faire pour ton pays". Par exemple il est inscrit dans le Préambule de 1946 que chacun a "le droit d'obtenir un emploi". Mais il est aussi précisé que "chacun a le devoir de travailler". Certains de nos concitoyens, installés en chômage longue durée, semblent ignorer le second précepte.... Or "c'est le devoir qui crée le droit et non le droit qui crée le devoir" (Chateaubriand).

En tout état de cause n'oublions pas ces réalités incontournables, rapidement brossées, dans le débat qui s'ouvre. Elles devront aussi en être les bases car elles font aussi que la France, ce "vieux pays" phare d'un "vieux continent", l'Europe, a pu et su dire non, par la voix de D. de Villepin le 14 février 2003 à l'ONU.

2) L'existence de quelques règles juridiques.

La France est aussi une référence institutionnelle basée sur une constitution, celle du 4 octobre 1958, qui a inspiré et inspire encore de très nombreux pays. Celle-ci expose d'ailleurs selon nous, tous les principes essentiels de l'identité nationale. En effet lorsqu'on lit les deux premiers articles de celle-ci on constate que tout est dit ou presque.

L'art.1er énonce les valeurs de notre "république décentralisée" : indivisibilité, laïcité, social-démocratie, égalité devant la loi, non discrimination selon l'origine, la race ou la religion, égal accès des femmes aux responsabilités politiques, professionnelles et sociales. Ces principes forts de notre démocratie sont des éléments fondamentaux de l'identité française. Peu de pays au monde inscrivent ainsi la laïcité ans leur constitution. Ces principes permettent sans conteste de singulariser la France et son peuple au niveau européen et mondial.

L'art.2 est encore plus essentiel selon nous qui consacre les valeurs intangibles de ce qu'on appelle "la souveraineté nationale". Redisons-les parce que, consacrées par notre sacro-sainte Révolution, elles doivent nous être chères car elles sont les clefs de voûte de l'identité française.

Au premier rang "la langue de la République est le français". Réécoutons Yves Duteil : "C'est une langue belle avec des mots superbes qui porte son histoire à travers ses accents ; c'est une langue belle à qui sait la défendre, elle offre des trésors de richesse infinis, les mots qui nous manquaient pour pouvoir nous comprendre et la force qu'il faut pour vivre en harmonie". La littérature française, de François Villon à Eric-Emmanuel Schmitt, est une des plus riches au monde.

Notre "emblème national est le drapeau tricolore" depuis 1794. C'est le symbole clef du patriotisme français. Et être patriote n'est pas un gros mot non plus ! Notre "hymne national est la Marseillaise" que certains barbares ont osé siffler lors de manifestations footballistiques. Selon les sociologues c'est parait-il le signe d'un malaise des jeunes issus de l'immigration. Divers sondages ont montré que c'est avant tout une offense à la République réprouvée par 80% de français. Et selon nous ce devrait être un délit pénal.

Notre devise est mondialement connue : "liberté, égalité, fraternité". Les origines remontent à la Révolution et plus particulièrement à un discours de Robespierre de décembre 1790 sur l'organisation des gardes nationales. Mais ce n'était alors qu'une devise parmi d'autres. Il faut attendre la IIIe république pour la voir consacrer officiellement comme celle de la République française. On sait que lors du gouvernement dit "de Vichy" ce fut "travail, famille, patrie" qui lui fut substitué. Même si c'est une période sombre de notre histoire, cette devise est constituée de termes qui ne sont pas non plus des gros mots. Nous les pensons même complémentaires des trois premiers.

Enfin rappelons que le principe de notre souveraineté "gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple" est un des fondements de notre système démocratique. "Tout part du peuple, tout revient au peuple" disait de Gaulle lors de l'écriture de la Constitution. Notre système démocratique même avec ses imperfections, qu'il soit national ou local, fait bien des envieux de par le monde. Il fait aussi partie intégrante de l'identité française.

A l'heure de conclure il nous semble incontournable de citer Ernest Renan et son ouvrage "Qu'est-ce qu'une nation ?". On peut y lire ceci : "une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis". A méditer à l'heure du grand débat !

par Raphael PIASTRA
Maître de Conférences en Droit Public à l'Université d'Auvergne

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 Fiche de Raphael Piastra

Profession : Maître de conférences en droit public
Société : Université d'Auvergne
Site web : U-clermont1.fr/

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