Le blog juridique de Raphael Piastra

L'affaire DSK, révélatrice de la bagatelle dans la politique française

Le 17/05/2011, par Raphael Piastra, dans Judiciaire / Pénal.

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Ce qui vient d'arriver à D. Strauss-Khan se situe, finalement, dans le droit fil de ce qui est un phénomène quasi récurrent de la vie politique française : les histoires plus ou moins scabreuses de nos politiques. Dans Sexus Politicus (A.Michel, 2006),MM Deloire et Dubois avaient très bien décrit les choses. Les frasques newyorkaises de l'ancien député-maire de Sarcelles, si elles sont confirmées par la justice américaine, ajouteront un nouveau, et pour le moins infâmant, chapitre à la saga.

Le sexe et la politique sont une sorte de tradition en France, peut-être plus qu'ailleurs étant donné notre tempérament gaulois. Aussi loin que l'on remonte dans l'histoire, on retrouve toujours chez ceux qui nous gouvernent, quelques gaudrioles plus ou moins prononcées. "Au XVIII è siècle, la Maintenon et la Pompadour ont régné sur le coeur et la politique du roi. Aujourd'hui, presque rien n'a changé : le pouvoir reste obsédé par la conquête des femmes. Epouses, elles font partie des stratégies présidenrielles ; maitresses ou courtisanes, elles font parfois trembler l'Etat. La séduction est plus que jamais au coeur du système politique et de la course à l'Elysée" remarquent fort justement Mm Deloire et Dubois.

On peut prendre ainsi toutes les époques.Sous la monarchie, Henri IV (qui eut une bonne dizaine d'enfants illégitimes) ou Louis XIV (et ses cinq maitresse officielles) par exemple, ne donnaient surtout pas leur part aux chiens pour assouvir leurs instincts libertins! Même certains révolutionnaires, s'adonnaient à Vénus. Danton en premier lieu, jouisseur invétéré des plaisirs de la vie (plus que de la révolution, lui reprocha d'ailleurs l'ascète Robespierre). L'Empire napoléonien n'échappa point à la règle. Napoléon 1er fait tout de même beaucoup mieux que son neveu, dans la conquête féminine. "L'adultère n'est pas un phénomène. C'est une histoire de canapé. Il est très commun" dit-il un jour.

Sous la IIIe République, certains présidents eurent aussi leurs moments luxurieux. Le paroxysme est atteint par Félix Faure. Il a le privilège, à ce jour unique, d'être mort en 1899, dans les bras de sa maitresse préférée, Mme Steinheil. Et cela dans le Salon Bleu de l'Elysée, dans l'exercice de ses fonctions ou plutôt d'une certaine fonction, dirons-nous.

Les deux présidents de la Quatrième ne sont pas, officiellement, connus pour avoir eu des comportements grivois. On prête à Pétain d'avoir été adepte du triolisme.

Il reste que la Vé République est certainement le théâtre le plus élaboré du stupre politique.

Disons-le tout net, à part de Gaulle, particulièrement à cheval sur la morale et relativement pudibond, tous les autres présidents ont plus ou moins eu à faire avec la "chose". Et le reste du personnel politique, gouvernemental ou parlementaire, n'échappe pas à la règle.

Même s'il s'en est fortement défendu et que rien n'a été prouvé, l' "affaire Markovic" a marqué G. Pompidou, qui n'était pas encore à l'Elysée. Elle a permis de penser qu'il pouvait tout de même y avoir des moeurs bizarres sous cette Ve naissante.

Les affaires d'alcôve vont vraiment débuter sous V. Giscard d'Estaing. Même en Auvergne, on savait son attirance pour les belles dames blondes ! On lui prête notamment une liaison avec une journaliste du Figaro ou même un léger accident de voiture (avec un camion de laitier !) en compagnie d'une actrice française connue. Et puis dans deux de ses romans, Le passage et La princesse et le président, VGE délivre certains fantasmes aussi curieux qu'inassouvis. Un de ses anciens premiers ministres confessa : "c'est le seul président dont on sait à peu près sûrement où il ne couche pas".

F. Mitterrand et les femmes, ce pourrait être le titre d'un livre ou d'un film. Sa liaison avec Anne Pingeot, entamée avant son arrivée à l'Elysée et perpétuée par la suite, en est le symbole. A ce jour il est le seul président à avoir officialisé sa double vie à la fin de son dernier mandat. Mais on lui prête aussi d'autres liaisons et notamment d'avoir perpétué celle avec cette journaliste du Figaro, entamée par son prédécesseur !

Mme Chirac confesse (et confirme) dans Conversation que son mari avait "un succès incroyable auprès des filles". Tout est dit serait-on tenté de conclure. Cela aurait commencé avec MF Garaud, lorsqu'il était jeune "bulldozer" de Pompidou. Cela se serait perpétué avec une journaliste parisienne voire avec une actrice française. Cela semble s'achever avec cette jeune femme blonde lors des voeux au conseil général de Corrèze en 2009. Tous les observateurs relatent plus ou moins "l'appétit exceptionnel" de l'ancien chef de l'Etat pour lequel MM Deloire et Dubois reprennent une formule connue : "dix minutes avec la douche".

N. Sarkozy ne semble pas exempt. A ce jour il a eu trois femmes officielles : MD Culioli, Cécilia Albeniz, Carla Bruni. On lui prête des liaisons officieuses. "On ne prête qu'aux riches" dit-on !

Mais les présidents français ne sont pas les seuls. Aux USA, si JF Kennedy a pu sans trop d'encombre fricoter avec Marilyne, l' "affaire Monica Lewinsky" aurait pu coûter son mandat à Bill Clinton ! Et puisque des Etats-Unis il s'agit, l'affaire D. Straus-Khan, très connu pour son addiction sexuelle, montre que si le libertinage est une sorte de tradition politique française, il peut être la cause d'une ruine de carrière au pays d'Abraham Lincoln. A fortiori s'il se transforme en délit voire en crime...

par Raphaël PIASTRA, Maître de Conférences à l'Université d'Auvergne

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 Fiche de Raphael Piastra

Profession : Maître de conférences en droit public
Société : Université d'Auvergne
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