Le blog juridique de Raphael Piastra

14 Juillet 1789...

Le 22/07/2011, par Raphael Piastra, dans Public / Droits de l'homme.

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Les présidents, les gouvernements, les politiques passent, le 14 juillet reste.

Au milieu de la polémique soulevée par les propos iconoclastes d'Eva Joly et les réponses, maladroites, de François Fillon, il convient de restituer un peu l'histoire.

Rappelons que le 14 juillet 1789 les Parisiens ont pris d'assaut la Bastille, prison symbole du despotisme monarchique. Ce bâtiment fut d'abord une forteresse, construite sous Charles V par l'architecte Hugues Aubriot de 1370 à 1383. Elle est alors destinée à défendre l'est de Paris et plus spécialement la Porte St Antoine. Mais elle ne fut guère efficace car beaucoup trop grande et incommode.

C'est sous Louis XI, qui la meuble de ses "fillettes" (cage de fer à peine à taille d'homme), que la Bastille commence sa vocation de cachot. Mais c'est sous Louis XIII, à l'initiative de Richelieu, qu'elle va devenir définitivement une prison. Dès lors, n'importe qui peut y être "embastillé" par les fameuses "lettre de cachet" (c'est-à-dire sans jugement). Ainsi de 1661 à 1789 un prisonnier sur six est enfermé pour "faits de lettres". Alors que durant la même période plus de 5000 personnes vont y être retenues pour une durée oscillant entre 3 mois et 2 ans. Il faut dire que, même à l'époque, elle n'était pas la prison la plus inconfortable de Paris.

Le 14 juillet 1789, la prison ne contient que 7 prisonniers. Mais c'est une centaine de gardes, dont le gouverneur de Launay, qui affrontent des milliers d'assiégeants, qui venaient avant tout chercher des armes. Mais les assiégés vont tout de même causer une centaine de morts parmi les assiégeants. Le gouverneur sera tué et son corps, mutilé, exhibé dans Paris comme un trophée. Les opérations, commencées en fin de matinée, s'achèvent en fin d'après-midi. Dans son journal intime du même jour, Louis XVI nota : "rien". Ce n'est que le lendemain que La Rochefoucauld lui confirma que ce qu'il croyait être "une révolte" était "une révolution !...

M. Fillon a omis que Mme Joly, née Farseth en Norvège en 1943, est française depuis son mariage en 1967. Que durant ses études de droit, de sciences politiques et ses révisions pour l'ENM, elle a, évidemment, étudié dans le détail cette période fondatrice de l'histoire française et même européenne. Mme Joly, quant à elle, sait pertinemment que ce 14 juillet marque deux phases clefs de notre histoire : la fin, même symbolique, de l'Ancien Régime et le début de la Révolution française. D'autant que cet évènement, historique, eut un écho national, bien sûr, mais aussi européen (peut-être même jusqu'en Norvège ?!...), puisqu'il se propagea jusqu'en Russie impériale. D'ailleurs le 16 juillet le duc de Dorset, ambassadeur d'Angleterre, écrivit au Foreign Office qu'il avait vu "la plus grande révolution dont l'histoire ai conservé le souvenir" et il conclue que "de ce moment nous pouvons considérer la France comme un pays libre".

Un peu avant le 14 juillet 1790 se préparèrent un certain nombre de fêtes citoyennes, sur tout le territoire, pour célébrer le premier anniversaire de cette prise de la Bastille. A Paris elles inspirèrent une grande manifestation d'union nationale, la Fête de la Fédération, impulsée par les députés de l'assemblée Constituante ainsi que le marquis de La Fayette, conseiller du roi. Ceux qu'on appela les Fédérés formèrent un cortège immense d'environ 500000 personnes, qui traversa la Seine et s'installa sur l'esplanade du Champ-de-Mars. Talleyrand, évêque d'Autun, y célébra alors une messe où le roi, La Fayette et le président de l'assemblée, prononcèrent un discours d'adhésion à la Nation et à la Loi. C'est sous le Directoire (1795-1799) que le premier défilé militaire est mis en place. Il ne sera toutefois pas régulièrement suivi.

C'est cette Fête de la Fédération, célébrant 1789, qui est donc à l'origine directe de la célébration qui fut mise en place le 14 juillet 1880 sous la IIIè République. Elle le fut à l'initiative d'une proposition de loi du député Benjamin Raspail adoptée fin mai et publiée le 6 juillet. Il est mentionné dans le texte de loi : "la République adopte le 14 juillet comme jour de fête nationale". C'est un décret du même jour qui met en place un défilé militaire.

Ce défilé est certainement l'un des plus importants au monde. Il est même retransmis par la majorité des médias planétaires. Il n'a d'équivalent que celui qui a lieu sur la Place Rouge à Moscou, célébrant la victoire des alliés en 1945 et dont les russes peuvent aussi être fiers. A ce titre la comparaison avec le défilé qui a lieu chez le dictateur fou de Corée du Nord est aussi saugrenue que déplacée.

Le 14 juillet, jour férié, c'est donc LA fête nationale française par excellence. Alors oui, à cette occasion "la France bombe le torse" en exposant ses troupes ! Elle le peut car cela participe de son histoire, de sa mémoire collective, de sa culture, de son identité. Celle d'une Révolution qui a permis à la France de passer de l'ombre à la lumière.

Alors oui, on y procède, comme chacune sait, à un défilé militaire sur les Champs-Elysées, où se joignent parfois des troupes étrangères. Ainsi en 1994 à l'initiative de F. Mitterrand et d'E. Kohl des soldats de l'Eurocorps, dont des soldats allemands,défilèrent. Pour celui de cette année, il y avait un relief particulier avec nos 6 soldats tués la veille en Afghanistan (et un septième le matin même). N'en déplaise à l'ancienne magistrate, les françaises et les français (binationaux ou non, M. le premier ministre !) sont très attachés à cette parade qu'ils suivent par milliers, tant à la télé que sur place. Ils le sont d'autant plus que cette célébration, on le sait, donne lieu aussi à des fêtes populaires, agrémentées de bals et feux d'artifice. Dans chaque ville et village de France, il en est ainsi.

Alors on aurait envie de dire à Mme Joly et à M. Fillon, où est le problème ? Dans cette fête il y a l'aspect militaire et l'aspect populaire, ils sont donc quittes ! Et puis, une fois encore, n'y a-t-il pas plus urgent et important dans la France d'aujourd'hui ? De toute façon, les présidents, les gouvernements, les politiques passent, le 14 juillet reste (et restera encore longtemps, souhaitons-le).

Par Raphael Piastra

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Profession : Maître de conférences en droit public
Société : Université d'Auvergne
Site web : U-clermont1.fr/

Blog ouvert le : 22/10/2007
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