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Analyse de la position présidentielle à propos des primaires socialistes : une erreur politico-institutionnelle

Le 12/10/2011, par Raphael Piastra, dans Public / Droit Administratif.

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Selon le président Sarkozy : la Vème République ne peut être l'otage des partis politiques et le candidat à la présidentielle pris en otage par un parti.

"La Vè République ne peut être l'otage des partis politiques et le candidat (à la présidentielle ndlr) pris en otage par un parti. Le Général de Gaulle a voulu une élection à deux tours, pas à quatre(…). Les socialistes s'occupent des socialistes, nous devons nous occuper de l'ensemble des français".

Ainsi parlait N. Sarkozy des primaires socialistes devant des parlementaires UMP réunis au traditionnel petit-déjeuner élyséen du mardi.

Décidément l'actuel locataire de l'Elysée ne s'est toujours pas réconcilié avec nos institutions et a manqué de sens politique. Argumentons un peu en forme de précisions.

Critique de la position au niveau institutionnel

Bien évidemment le Général a fustigé les partis mais à peine revenu au pouvoir il a créé le sien (l'UNR puis l'UDR) qui l'a appuyé tout au long de son mandat. Ensuite l'article 7 de notre constitution précise bien que si la majorité absolue des suffrages exprimés "n'est pas obtenue au premier tour de scrutin, il est procédé,..., à un second tour". Dès lors on peut envisager une élection, certes improbable, au premier tour (hypothèses évoquées en 1964 et en 1994). Et s'il en est un qui muselle, ficelle même "son" parti (dès qu'il en a pris la tête et même après l'avoir quitté) c'est bien l'ancien maire de Neuilly. Même si il y a des débuts de rébellion çà ou là, c'est tout de même le règne des "godillots" dans les rangs des élus UMP !... Quant aux primaires socialistes, elles n'influent en rien sur notre système institutionnel. A notre sens elles participent même pleinement de la mission conférée aux partis par l'art. 4 de la Constitution et selon laquelle ils "concourent à l'expression du suffrage universel".

Critique de la position au niveau politique

Enfin politiquement, et de façon incontestable, lesdites primaires démontrent de la meilleure façon qui soit, que "les socialistes s'occupent des socialistes". Et puis, il y a aussi quelques paradoxes à cette énième sortie sarkozienne. En effet rappelons F. Fillon qui, quelques jours avant, saluait "un processus moderne". De mêmequelques heures après la mise au point présidentielle, B. Accoyer estima quant à lui que : "le mécanisme des primaires finira par s'imposer en France". Précisons encore que l'actuel chef de l'Etat a la mémoire courte. En effet, des primaires, certes internes, sont prévues dans les statuts de l'UMP !

On peut aussi s'interroger sérieusement pour savoir si la désignation du candidat par l'appareil du parti est un meilleur moyen de combattre la politique des partis ?

Il nous apparaît enfin qu'en tant que président de la République, N. Sarkozy n'aurait jamais dû réagir officiellement sur ce sujet. Lui qui semblait avoir pris un peu de hauteur est retombé dans son travers... la politique politicienne. Il a manifesté un certain mépris pour celles et ceux qui se sont déplacés dimanche (et ils n'étaient pas tous de gauche !). Il risque même de décupler leur envie pour le dimanche suivant !

Pour finir il nous semble que depuis le printemps 2007 la pratique sarkozienne des institutions, sur le fond mais encore plus sur la forme, est aux antipodes des valeurs gaullistes.

Comme le souligne habilement Hervé Gattegno, "s'il a un général pour modèle, c'est sans doute plutôt Bonaparte" !...

par Raphael PIASTRA
Maitre de Conférences des Universités

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