Le blog juridique de Raphael Piastra

A propos du souverainisme

Le 08/11/2011, par Raphael Piastra, dans Public / Droit Administratif.

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Le débat politique français, relancé par la crise des instances dirigeantes grecques , remet au goût du jour les thèses souverainistes.

L'idée de référendum lancée par G. Papandréou mais aussi la candidature, inattendue, de JP Chevènement arrivent à point nommé pour recentrer le débat sur la notion de souverainisme.

Le premier ministre grec a, en quelque sorte, ouvert une boite de Pandorre qui va lui coûter sa place. Précisons que, même si en Grèce la ficelle référendaire était un peu grosse, il est toujours légitime de consulter le peuple souverain. Faut-il encore le faire au bon moment et sur un thème idoine.

L'ancien ministre de l'Intérieur est un homme de coups politiques (songeons à ses démissions gouvernementales sous Mitterrand). Il nous semble que cette candidature en relève. Son problème c'est qu'il n'est plus le seul chantre du souverainisme. A droite il y a Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan. Et surtout, à gauche, JLuc Mélenchon l'a devancé pour 2012. Sans compter que du côté de F. Hollande, le courant Montebourg, protectionniste, va compter sur ce créneau.

Mais Papandréou et Chevènement ont relancé, chacun à leur manière, le débat souverainiste.

D'abord une définition s'impose. Etymologiquement c'est le latin Superus (supérieur) qui génère le terme. Dès lors le souverain est celui qui détient un pouvoir de gouvernement sur un groupe humain. Il s'agit donc dans un premier temps de l'autorité suprême d'une monarchie. Les tous premiers états occidentaux étaient majoritairement constitués de monarchies souveraines qui ont précédé les démocraties.

C'est avec la construction européenne du milieu du XXè que s'est posée la question de la souveraineté des états. Certains ont estimé que la logique du fédéralisme, de l'intégration, aboutissait à des pertes de souveraineté. Et la monnaie unique notamment fut au centre des débats. Rappelons que le premier élément de la souveraineté d'un état était, depuis la monarchie, celui de "battre monnaie".

Le souverainisme est donc une doctrine politique qui défend la souveraineté des nations en Europe. C'est au Canada que se situe l'origine de ce mouvement, avec le combat pour l'indépendance de la province du Québec. Le souverainisme est, en France, un mouvement récent lié à la construction de l'Union Européenne. Il fut défendu lors du Traité de Maastricht, par JP Chevènement à gauche et par C. Pasqua et P. Séguin à droite. Ces derniers furent dans la pure tradition gaulliste d'ailleurs, car le Général fit du souverainisme dans toutes ses postures européennes. Les souverainistes font ici du gaullisme sans le savoir : Europe confédérale, "Europe des Nations", où serait préservée et respectée l'autonomie politique des pays.

Les souverainistes s'opposent, on le sait, aux partisans du fédéralisme européen ou au "jacobinisme" bruxellois.

On ne peut que constater que la tragédie grecque a au moins eu un avantage, celui de lever un tabou : la sortie de l'euro. Et les souverainistes de tous bords et de tous pays, se sont mis en ordre de marche. Leur credo : redonner, par référendum, le pouvoir au peuple afin de contrer les marchés financiers ou tancer les instances européennes et en particulier les "technocrates bruxellois".

Alors, le souverainisme comme redresseur de torts en Europe ? C'est peut-être un des enjeux de la présidentielle de 2012.

par Raphael PIASTRA, Maître de Conférences à l'Université d'Auvergne

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