Le blog juridique de Raphael Piastra

Abstention, attention danger !

Le 03/04/2012, par Raphael Piastra, dans Public / Droit Administratif.

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Selon une récent sondage l'abstention au 1er tour de l'élection présidentielle de 2012 serait de l'ordre de 32% au moins.

Abstention : "fait de ne pas prendre part à un vote, à une délibération" énonce le Larousse.

Un récent sondage IFOP (JDD du 1er avril) a mis en relief une menace réelle concernant le 1er tour de 2012 : l'abstention rôde. Elle serait de l'ordre de 32% voire plus. Même s'il y a déjà eu de la démobilisation par les scrutins passés, ce serait effectivement un record :

  • 1965 : 15,2% ;
  • 1969 : 22% ;
  • 1974 : 15,8% ;
  • 1981 : 18,9% ;
  • 1988 : 18,6% ;
  • 1995 : 21,6% ;
  • 2002 : 28,4% ;
  • 2007 : 16,2%.

Les 3 dernières semaines vont être décisives pour mobiliser l'électorat. Mais cela risque d'être très difficile car, comme le soulignait le professeur Perrineau, il existe "un contexte de défiance majeur".

Plusieurs raisons, selon nous, expliquent cette chronique d'une abstention annoncée. D'abord des précédents inquiétants. En effet si l'on regarde les dernières élections depuis 2007 (municipales, européennes, régionales et cantonales), l'abstention revient à ses niveaux d'avant-guerre.

Ensuite une campagne décevante. "La France s'ennuie" aurait dit Viansson-Ponté. Pis que cela, elle est dépitée, dégoûtée voire, pour une part, énervée (la montée de JL Mélenchon l'atteste). Les vrais problèmes ne sont pas, peu ou mal pris en compte par les candidats. La campagne est "atone" dit justement F.Bayrou.

Est-ce que le débat d'avant premier tour, annoncé hier, changera les choses ? Pas sûr. Surtout s'il est "ficelé" par le duo- Hollande-Sarkozy. Il n'y a pas de grand thème mobilisateur, comme la sécurité (2002) ou le travail (2007). Et puis il est vrai que la crise est encore là, bien que l'on souhaite nous faire croire du côté des principaux candidats (N. Sarkozy en tête) que l'on en verrait la sortie.

Pas un des candidats n'a d'ailleurs de remèdes miracles. Entre celui qui joue un bilan en trompe l'oeil (mais qui ne trompe personne) et l'autre qui fait des promesses le plus souvent intenables, on comprend le scepticisme des français. Et, en même temps que l'abstention, cela va faire aussi le jeu des extrêmes, sauce de gauche Mélenchon, sauce de droite Le Pen. Mais leurs remèdes à eux (sortie de l'Europe, fin de l'euro par exemple) seraient pires que le mal….

Enfin, les candidats ont, chacun à leur niveau et plus ou moins directement, tous essayé de renchérir sur les drames de Montauban et Toulouse. Avec, la plupart du temps, une grande indécence. Comme si le danger fondamentaliste pouvait permettre de ramener dans le jeu électoral, quelque chose qui relèverait de la sécurité. Dieu sait pourtant si le pouvoir en place a mis le paquet dans la mise en scène du "spectacle Merah". Ainsi l'omniprésence sur place du Ministre de l'Intérieur, au mépris de l'élémentaire règle constitutionnelle de la séparation des pouvoirs. Au mépris aussi des prérogatives des membres du Parquet, toulousain ou parisien, réduits au rôle de porte-voix. Depuis, on continue de frapper dans les milieux islamistes, descentes, gardes-à-vue, mises en examen ; expulsions. Ces gens là sont-ils ainsi devenus si immédiatement dangereux contre "les intérêts supérieurs de l'Etat" ou contre un magistrat lyonnais de confession juive ? Comme Merah d'ailleurs, connu et repéré (même par les américains) depuis quelques années. La lutte contre l'intégrisme islamique doit être une priorité en permanence, et non réactivée selon les circonstances. Et bien même ce remue-ménage là, lancé depuis l'"affaire Merah", aux relents bassement électoralistes, ne mobilise même pas l'électorat. Même si chaque français fut horrifié par ces tragédies, la sécurité n'est pas devenue pour autant un enjeu majeur de l'élection. Le pouvoir d'achat et l'emploi, sont les seuls enjeux qui, à raison, comptent.

Alors oui, pour finir, l'abstention menace. Elle est un acte d'incivisme par définition car le vote est, redisons-le, un droit civique. Le grand moment d'arbitrage populaire. Celui par lequel un président sortant peut être battu (VGE en 1981) ou réélu (Mitterrand en 1988). Il conviendrait que, comme dans certains autres pays d'Europe, voter devienne un devoir. Nous soutenons même qu'à l'instar des sénatoriales, soit mise en place une amende pour les abstentionnistes. Il faut aussi intégrer le vote blanc qui, même s'il n'exprime pas d'idée, est un geste civique. L'abstention est aussi révélatrice d'un mal profond. Et puis, attention, la dernière fois où elle fut forte ce fut au 1er tour de 2002. Résultat : JM Le Pen fut, contre toute attente, au second tour.

Cette fois ce pourrait être, un "21 avril à l'envers", avec Le Pen/ Hollande. Ou bien, qui sait, même cause, mêmes effets, la présence de Mélenchon au second tour, contre ce même Hollande ou, plus inattendu, contre Sarkozy ? Et quand on sait qu'il y aurait une proportion tout aussi importante d'électeurs qui hésitent sur le candidat à choisir, cela a de quoi inquiéter encore plus sur l'issue du scrutin. Certainement à coup sûr un des plus incertains depuis 1958.

Parce que dans trop de pays encore, le droit de vote n'existe pas, parce que dans trop de pays encore, le scrutin est truqué (dernière présidentielle russe), parce que tant de gens se sont battus dans l'histoire de France pour que l'on ait ce droit, il faut voter. Rappelons-nous cette phrase de Lincoln : "Un bulletin de vote est plus fort qu'une balle de fusil".

Par Raphael PIASTRA,
Maitre de Conférences

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Profession : Maître de conférences en droit public
Société : Université d'Auvergne
Site web : U-clermont1.fr/

Blog ouvert le : 22/10/2007
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