Le blog juridique de Raphael Piastra

De la liberté de la presse française....

Le 19/09/2012, par Raphael Piastra, dans Public / Droits de l'homme.

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Les journaux peuvent écrire ou publier quasiment n'importe quoi et n'importe comment, et certains ne s'en privent pas, comme Charlie Hebdo ! Mais jusque quand ?

"La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminées par la loi". C'est ainsi qu'est définie, à l'article 11 de la Déclaration de 1789, la liberté de la presse en France.

Charlie Hebdo a cru à nouveau judicieux de faire dans la provocation en caricaturant une religion. Oui c'est de la provocation pure et simple et en aucun cas de l'information. N'en déplaise à Charb, directeur de publication, cela n'amène strictement rien au débat d'idées. Hormis faire sourire quelques islamophobes ou les habituels bobos lecteurs de ce journal, çà n'a rien à voir avec l'expression d'une pensée ou d'une opinion. Et si c'est de la satyre, elle est du plus bas étage.

Dans le contexte actuel où le monde islamique extrême est en ébullition (certes, c'est souvent) en raison du film américain, c'est " de la pure folie" comme l'a souligné Dalil Boubekeur, recteur de la Mosquée de Paris. Quelle vont être les conséquences ? Si quelques fondamentalistes s'en prennent encore directement au journal, ce ne sera pas étonnant. Si des innocents sont touchés ce sera bien plus grave. Charlie Hebdo en sera seul responsable. Espérons que ceux qui se sentent offensés saisiront les tribunaux comme l'a rappelé JM Ayrault.

Cela nous permet de faire un sort à la presse écrite. C'est le seul "pouvoir" qui n'a pas de déontologie. Pourquoi des guillemets à pouvoir ? Simplement parce que c'est la presse elle-même qui s'est érigée comme telle. Les seuls pouvoirs reconnus par la Constitution de 1958 sont rappelons-le : le pouvoir souverain (le peuple), le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif (on parle d'autorité judiciaire). De même cela fait des années que cette même presse écrite n'arrive pas à s'entendre sur un code de déontologie. Ni même sur une autorité de régulation. L'audiovisuel a le CSA qui, même modestement, fixe les limites. Mais les journaux peuvent écrire ou publier quasiment n'importe quoi et n'importe comment. Et certains ne s'en privent pas. Seuls les tribunaux peuvent arbitrer.

Si la presse bénéficie, comme tout un chacun, d'une liberté, rappelons que cette même liberté "consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui". Et seule la loi peut fixer les "bornes" à ladite liberté(article 4 de la Déclaration de 1789).

Dès lors il serait temps de réfléchir à une véritable loi sur la presse qui, sur la base de l'article 11 cité plus haut, permettrait de "répondre de l'abus de cette liberté". Car la liberté de la presse n'est ni au-dessus, ni en dessous de celle des autres.

Une fois encore, on doit se rallier à La Fontaine lorsqu'il estime que "Tout faiseur de journaux doit tribut au Malin" (lettre à M. Simon de Troyes).

Par Raphael Piastra
Maitre de Conférences des Universités

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 Fiche de Raphael Piastra

Profession : Maître de conférences en droit public
Société : Université d'Auvergne
Site web : U-clermont1.fr/

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