Le blog juridique de Raphael Piastra

Un paradoxe au pouvoir

Le 20/03/2013, par Raphael Piastra, dans Public / Droit Administratif.

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Depuis le printemps 2012 c'est un paradoxe qui dirige la France : la gauche socialiste a tous les pouvoirs, alors que la popularité de l'exécutif n'a jamais été aussi basse.

Depuis le printemps 2012 c'est un paradoxe qui dirige la France. En effet la gauche socialiste a tous les pouvoirs : exécutif, législatif, judiciaire (60% des magistrats sont à gauche), exécutifs territoriaux (majorité des régions, des villes de plus de 30.000 hbts, Paris, Lyon, des départements). C'est une première depuis 1958. Or malgré cette concentration des pouvoirs, qui confine à l'Etat-PS, la popularité de l'exécutif n'a jamais été aussi basse, à ce stade de la mandature, depuis le début de la Véme République.

Un dernier sondage d'OpinionWay a chiffré à 67% les mécontents de F. Hollande (65% pour BVA-Opinion). Autre signe paradoxal et très inquiétant, c'est que les mécontents se situent de plus en plus à gauche. Au même stade du mandat, N. Sarkozy était à environ 40% d'opinion favorables. JM Ayrault baisse aussi à 35%. M. Valls, L. Fabius et JY Le Drian sont les seuls ministres dont la côte est positive.

De même les élections partielles, dont celle de l'Oise récemment, montrent que la situation est préoccupante pour la gauche au pouvoir. F. Espagnac, porte-parole du PS, a évoqué une "désaffection".

Et il faut y rajouter les divers couacs au sommet de l'Etat : cafouillage sur la PMA ; déclarations intempestives des ministres Arif, Montebourg, Lurel ; querelle sur le diesel, rythmes scolaires, cumul des mandats, vote des étrangers,…. Jusqu'à la démission de J. Cahuzac, pion essentiel de l'échiquier exécutif.

Sans compter les frictions qui semblent se faire jour au sein de la majorité. Malek Boutih, député PS de l'Essonne, estime que "ce n'est pas la débandade" mais qu' "il y a beaucoup de travail".G. Gorce, sénateur de la Nièvre, opine que "les Français ont le sentiment qu'on les a leurrés". On commence déjà à reprocher, au sein du gouvernement, au premier secrétaire, H. Désir, de ne pas être à la hauteur.

La crise est là, qui n'a pas débuté il est vrai au printemps 2012. Mais les engagements du candidat Hollande devaient rompre avec l'héritage sarkozyen et amener "le changement". Or ce sont essentiellement des réformes conjoncturelles qui ont été prises de puis mai 2012. On est en passe d'instaurer le "mariage pour tous" après une campagne qui a éludé, comme d'ailleurs l'intervention illusoire au Mali, les problèmes structurels majeurs : la dérive alarmante des comptes publics et la flambée du chômage. Même le gros contrat passé par Airbus avec l'Indonésie ne saurait masquer la situation périlleuse de notre pays.

En moins d'un an de pouvoir, F. Hollande semble avoir hypothéqué une bonne partie de son capital. S'est-il trompé sur l'état de la France ? Ne nous a-t-il pas trompés sur cet état ? En tout état de cause, malgré son impopularité, il va devoir faire face à grand un défi : devenir réaliste et prendre enfin les mesures structurelles qui s'imposent. Des rapports d'organismes incontestables peuvent l'y aider : Cour des Comptes, rapport Gallois. Il a aussi des moyens politiques : remaniement gouvernemental, dissolution.

Le temps presse car l'état de la France empire. Le syndrome grec voire chypriote nous guette. Sil ne fait rien de significatif, il sait aussi que les échéances municipales de 2014 risquent d'être catastrophiques ….

A peine un an de mandat, tous les pouvoirs et déjà au bord du gouffre. On n'avait jamais vu cela depuis 1958 !

Par Raphael PIASTRA
Universitaire

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 Fiche de Raphael Piastra

Profession : Maître de conférences en droit public
Société : Université d'Auvergne
Site web : U-clermont1.fr/

Blog ouvert le : 22/10/2007
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