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Quid de l'Union européenne dans la crise ukrainienne ?

Le 25/02/2014, par Raphael Piastra, dans Public / Droit Européen.

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Mais que fait Catherine Ashton haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité ?

La crise qui ensanglante l'Ukraine démontre, une fois encore, combien l'Union Européenne est quasi inexistante sur le plan diplomatique. Cela devient un mal endémique.

À la suite de l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, le Conseil européen a nommé Mme Catherine Ashton haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. Celle-ci préside le Conseil des affaires étrangères et conduit donc la politique étrangère et de sécurité commune. En sa qualité de vice-présidente de la Commission européenne, la haute représentante veille à la cohérence et à la coordination de l'action extérieure de l'Union européenne. Elle est donc théoriquement chef de la diplomatie européenne.

Qu'a-t-elle concrètement fait ?

Essentiellement des mots en qualifiant le régime de Viktor Ianoukovitch de "dictature" et en appelant à une réforme constitutionnelle "urgente".
Elle s'estaussi, contre toute attente, référée à Joe Biden, vice-président américain.Elle a chargé Radoslaw Sikorski, ministre des Affaires étrangères polonais, de se rendre à Kiev. Celui-ci s'est exécuté en compagnie de L. Fabius, chef du Quai d'Orsay, et du son homologue allemand.
Eu égard à la gravité de la crise, n'était-ce pas le rôle de Mme Ashton elle-même ?

L'escalade de la violence en Ukraine a provoqué, pour l'essentiel, un concert d'indignation en Europe. Elle a poussé plusieurs dirigeants, dont le président François Hollande et la chancelière Angela Merkel, à prôner des sanctions de l'Union européenne contre les responsables de ces actes. Le sujet a dominé une réunion d'urgence des chefs de la diplomatie des Vingt-Huit, qui s'est tenu le jeudi 20 février à Bruxelles. Il y serait décidé de priver de visas et de geler les avoirs de responsables ukrainiens.
Cela étant certaines capitales restent réticentes aux sanctions (Sofia, Rome ou Madrid). Mais on constate surtout que les responsables européens ont du mal à influer vraiment sur le cours des événements. Ils ont, en fait, peu de prise sur la situation.
D'abord, parce que, sur place, le contexte est peu lisible et très mouvant. Ensuite parce que l'opposition au président Ianoukovitch est loin de constituer un front uni. Enfin parce que l'oeil de Moscou n'est pas loin (et qu'une partie de l'Ukraine, l'Est, est pro moscovite). Le Kremlin a d'ailleurs dépêché son représentant, le délégué aux droits de l'homme (il y en a en Russie ?!) et ancien diplomate Vladimir Loukine à la demande de la présidence ukrainienne, pour participer à une médiation avec l'opposition.

Mais surtout, on s'aperçoit que l'UE dispose de peu de leviers, faute notamment d'une vision commune sur sa politique de voisinage. Faute d'avoir une véritable politique étrangère commune. L'UE est totalement incapable d'offrir une perspective claire à l'Ukraine.

L'accord d'association qu'elle lui propose n'est en aucun cas un préalable à l'adhésion. Les Européens, dont la plupart des pays sont plus ou moins encore en crise, ne sont pas non plus disposés à "sortir le chéquier". Au contraire de la Russie, qui a fourni une assistance financière conséquente - 15 milliards de dollars (11milliards d'euros), dont 3 ont déjà été versés et 2 autres pourraient l'être à la fin de la semaine - à un pays quasi ruiné. Le problème crucial est aussi là.

Le poids de la Russie qui souhaite garder sous sa coupe ce "pays frère". Grâce notamment aux dispendieux Jeux de Sochi, elle souhaite aussi confirmer pleinement son retour sur la scène internationale. Et l'UE, pour diverses raisons (notamment par le commerce et le marché énergétique avec la Russie de la majorité de ses membres), ne souhaite pas s'opposer outre-mesure au nouveau tsar qu'est Poutine. Qu'on le veuille ou non, c'est la Russie qui empêche toute action en Syrie et c'est encore elle dont risque de dépendre l'issue de la crise en Ukraine.

Un compromis semble toutefois avoir été trouvé. Selon le Premier ministre polonais Donald Tusk : "il a été convenu avec Ianoukovitch qu'il est prêt à tenir des élections présidentielles et parlementaires, prêt à créer un gouvernement d'unité nationale dans les dix prochains jours et à changer la constitution d'ici l'été". Mais, sans dissimuler son scepticisme, il a rajouté : "nos expériences nous disent que les engagements entrepris par l'administration ukrainienne sont rarement tenus".

Par R. Piastra,
Universitaire

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 Fiche de Raphael Piastra

Profession : Maître de conférences en droit public
Société : Université d'Auvergne
Site web : U-clermont1.fr/

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