Le blog juridique de Raphael Piastra

Journée Anniversaire du Président Georges Pompidou

Le 02/04/2014, par Raphael Piastra, dans Public / Droit Administratif.

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Retour sur la carrière politique du second président de la Véme République.

En ce 2 avril, cela fera 40 ans que le président Georges Pompidou est décédé. Le second président de la Véme République, on le sait, est un auvergnat.

C'est le second cantalien, après Paul Doumer, à entrer à l'Elysée. En effet il est né le 5 juillet 1911 à Montboudif, petit village du Cantal auquel il restera toujours très attaché. C'est donc le 2 avril 1974 que, dans l'exercice de ses fonctions, et à son domicile du quai de Béthune, il est décédé. Elu le 20 juin 1969 il eut la lourde tâche de succéder au général de Gaulle duquel il avait été premier ministre durant presque 6 ans (record républicain).

Brillant agrégé de Lettres, il fut d'abord professeur. Puis il rentra en politique en 1944 au cabinet du général de Gaulle. Dans les années 50 il oeuvre à la Banque Rothschild dont il devient un des responsables. En 1958 il est directeur de cabinet du général. En 1959 ce dernier le place en réserve de la République au Conseil Constitutionnel. C'est en 1962 qu'il est appelé à succéder à Michel Debré à Matignon. Il exerce sa mission jusqu'en 1968 date à laquelle, suite aux évènements de mai et en désaccord avec le général de Gaulle, il se place en position de successeur. Touché puis galvanisé par la pénible "affaire Markovic", G.Pompidou est confortablement élu, face à Alain Poher, le 20 juin 1969 à la magistrature suprême.

La présidence Pompidou est réputée pour être celle d'une certaine expansion économique et industrielle. Une ère de prospérité dit-on. Pompidou était un homme simple, proche des gens. Quelques temps après son élection, il confiera son "sentiment d'isolement, de coupure avec tous ceux dont j'ai la responsabilité. Je passe mon temps à m'occuper des français, et pourtant mes fonctions m'en séparent". Alexandre de Marenches, en une formule, résume très bien l'homme de Montboudif : "il avait les pieds dans la terre d'Auvergne et la tête dans I ‘agrégation". Est-ce un hasard si trente-cinq ans après sa mort, en novembre 2009, un sondage BVA indiquait que 74% des Français jugent favorablement son action à la présidence de la République. C'est moins que Charles de Gaulle mais plus que les autres présidents de la Ve République.

La maladie puis la mort de G. Pompidou a posé pour la première fois en France le problème de la santé du président. D'après le professeur Jean Bernard, Georges Pompidou était atteint de la maladie de Waldenström (sorte de septicémie) depuis 1968 et le savait très probablement au moment de sa victoire à l'élection présidentielle. Dans les derniers mois de sa vie, la maladie et les corticoïdes rendent son visage extrêmement gonflé, lui font prendre beaucoup de poids et ralentissent sa démarche. Il se consacre essentiellement à la politique étrangère et délègue de plus en plus, notamment au secrétaire général de la présidence de la République, Édouard Balladur. À partir de l'hiver 1973, il se retire dans son appartement de l'île Saint-Louis et est placé sous une assistance médicale permanente, la maladie ayant envahi son organisme. Malgré la rumeur concernant son réel état de santé, les déclarations officielles font état de "simples grippes" voire d'hémorroïdes. C'est la première fois dans l'histoire de la Vème République qu'un communiqué officiel, signé le 7 février 1974 du médecin personnel de Georges Pompidou, le Dr Jean Vignalou, informe sur la santé du président. Le communiqué du 21 mars 1974 fait état d'une "lésion bénigne d'origine vasculaire, située dans la région ano-rectale, et hyperalgique par intermittence" (la maladie de Waldenström étant caractérisée par des hémorragies importantes).

Récemment E. Balladur a consacré un témoignage sur cette période (La tragédie du pouvoir, Fayard, 2013). Il y révèle que jusqu'au bout, G. Pompidou a conservé sa lucidité et l'intégralité de ses capacités intellectuelles. Il a suivi jusqu'à la fin les principaux dossiers, et les décisions de la France ont bien été les siennes.

La mort du président Georges Pompidou, survient dans son appartement du quai de Béthune, sur l'île Saint-Louis, le 2 avril 1974 à 21 heures. Elle est annoncée le soir-même.

Le 6 avril 1974, la France célèbre ses obsèques nationales à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Mais son inhumation se déroule, non pas dans le Cantal comme on l'aurait pensé (et où reposent ses parents) mais à Orvilliers (là où il avait sa résidence secondaire). La cérémonie se déroule dans la plus stricte intimité et un grand dépouillement, "sans fleurs, ni couronnes, ni monument funéraire. Une simple dalle de pierre", comme il l'a souhaité dans son testament rédigé en août 1972. Cet enterrement est à l'image de l'épitaphe composée par lui-même juste après son élection à la présidence : "Les peuples heureux n'ont pas d'histoire, je souhaiterais que les historiens n'aient pas trop de choses à dire sur mon mandat".

Une polémique se développe alors au sujet du secret tenu autour de la maladie de G. Pompidou qui a été cachée tel un secret d'Etat. C'était, il est vrai, l'époque où la discrétion et la hauteur, bref comme une certaine sacralité, s'attachaient à la présidence. Imagine-t-on un seul instant G. Pompidou criant victoire au Fouquet's ou déambulant en deux roues vers sa belle ? En ce printemps 1974 la classe politique estime alors que les futurs présidents de la République devront rendre compte de leur état de santé. VGE, 3ème président auvergnat, ne précisa jamais rien sur sa santé qui était réputée comme bonne voire même fringante. François Mitterrand s'était engagé durant sa campagne de 1981 à publier des bulletins de santé réguliers. Dans Le grand secret (Plon, 1996) le Dr Gubler (médecin personnel du président) révèle qu'un cancer de la prostate avait été diagnostiqué chez Mitterrand peu de temps après sa prise de fonction en 1981. Dès lors les communiqués médicaux (signé Gubler) et publiés tout au long de la présidence, énonçant un bon état de santé, étaient donc mensongers. Et le Dr Gubler de préciser qu' "à partir de 1994, il [ndlr : Mitterrand] n'était plus capable d'assumer ses fonctions". Malgré la polémique déclenchée (secret médical, secret d'Etat), les dénégations et les suites judiciaires données, il s'avère que les faits ont été avérés….

On aura ensuite l'AVC de J. Chirac en septembre 2005 puis le malaise vagal de N. Sarkozy à l'été 2009. Le 3 février 2014 l'Elysée a publié un bilan de santé positif de F. Hollande (opéré de la prostate en 2011).

Le mandat inachevé de G. Pompidou puis celui achevé de justesse de F. Mitterrand, démontrent que la santé des présidents est un point crucial. En tant qu'élu du peuple, le chef de l'Etat doit incontestablement des comptes à ce dernier. Notamment quant à sa capacité à présider. Plusieurs questions se posent alors.

Que faut-il dire ? Quand le dire ? Comment le dire ? Quand commence l'empêchement ? Quid de la démission ? La Constitution prévoit la situation de l'empêchement (temporaire ou définitif) qui doit être constaté par le Conseil constitutionnel, saisi par gouvernement (via le Premier ministre), qui doit statuer à la majorité de ses membres. Il s'avère que pas plus G. Pompidou que F. Mitterrand n'ont, malgré la maladie, jamais perdu leurs facultés intellectuelles. Ce qui est l'essentiel dans l'exercice de la fonction.

Il reste qu'aujourd'hui avec Internet et l'information continue (notamment via les portables), le secret parait impossible, la pression serait irrésistible et la démission deviendrait inévitable.

Pour achever, refaisons un peu l'histoire. G. Pompidou n'est pas malade ou réussit à vaincre la maladie. En ce mois printemps 1974 il s'appuie sur une assez confortable majorité à l'assemblée nationale (conquise en 1973). Mais il doit déjà songer à l'élection présidentielle de 1976. Il a à gérer le choc pétrolier qui a débuté en 1971 et qui s'est aggravé par l'embargo décidé par l'OPEP en 1973. Le prix du baril passe d'environ 3 dollars à 12 dollars. Les économies, notamment occidentales, sont touchées. La France n'y échappe pas et un certain mécontentement se fait jour. Le président appelle VGE à Matignon pour faire face, mieux que P. Messmer, à la crise. Peut-être aussi pour neutraliser un rival en puissance ! La gauche espère rebondir sur le mécontentement. G. Pompidou réfléchit à sa succession. Il aura 65 ans lors du scrutin. Il songe à renoncer notamment parce que sa femme Claude déteste l'Elysée et de plus en plus, aussi, la politique. Mais il estime ne pas avoir achevé sa tâche et la montée en puissance de F. Mitterrand lui déplait.

Ainsi, après un bref séjour de réflexion dans son Cantal natal, il décide de se lancer à l'assaut. Ce sera son dernier combat politique. La situation économique s'est un peu améliorée mais le chômage est en hausse. Face à lui à droite il y a Chaban et à gauche F. Mitterrand. La campagne est très disputée. Puisque c'est ici un hommage au plus illustre des cantaliens, on va opter pour une courte victoire de G. Pompidou devant F. Mitterrand !

Par R. PIASTRA, Universitaire

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Profession : Maître de conférences en droit public
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Site web : U-clermont1.fr/

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