
Le rapport Saddier recommande l'adoption d'un plan d'action pour organiser une filière apiculture durable
Dans un rapport remis la semaine dernière à la secretaire d'Etat chargée de l'environnement, Nathalie Koscuisko-Morizet et au ministre de l'agriculture, Michel Barnier, le député Saddier propose au Gouvernement d'adopter sans plus attendre un plan d'action pour une apiculture durable, peut-on lire dans un communiqué.
Dans un premier temps, le rapport Saddier estime que la surmortalité dénoncée depuis quelques années, tant par les professionnels du secteur que par les écologistes (notamment s'agissant de certains insecticides - actualité du 24/02/04) "n'est pas contestable" et qu'elle atteint des taux "de 30 à 40% avec des exemples quotidiens de destruction totale du cheptel", ce qui est considérable.
Compte tenu que les abeilles sont les premières victimes de la dégradation d'un environnement, et que l'affaiblissement et la surmortalité des colonies d'abeilles mais aussi des pollinisateurs sauvages, constituent le premier niveau d'alerte de la perturbation de notre écosystème, le rapport s'attache à présenter des réponses immédiates et adaptées pour rétablir au plus vite cet équilibre écologique si fragile.
Aussi, il préconise de mettre en place une filière de reproduction d'abeilles reines pour assurer le renouvellement du cheptel et limiter le risque d'importation d'espèces invasives. Cette réforme devra s'accompagner de la redéfinition du statut d'apiculteur professionnel, afin de le distinguer de l'apiculteur de loisir, et de revenir à une déclaration annuelle des ruches au plus tard d'ici le 1er janvier 2010 (notons que supprimée en 2005, celle déclaration permettra à nouveau d'avoir un inventaire précis et régulier du cheptel).
Il recommande aussi la création "immédiate" d'une plate-forme de travail, selon le modèle du Comité opérationnel du Grenelle de l'environnement "Agriculture et alimentation biologiques", qui regrouperait l'ensemble des acteurs concernés par la filière.
Il suggère de créer un Institut technique et scientifique de l'abeille, dont sa mission consisterait à élaborer et analyser les programmes de recherche de la filière.
Rappelant que "les abeilles et les pollinisateurs étaient essentiels à l'agriculture et l'ensemble des agriculteurs", Michel Barnier s'est dit favorable au renforcement de la filière apicole, à la lutte contre les causes de mortalité et la promotion de la biodiversité pour l'agriculture. Dès à présent il souhaite qu'un coordinateur de l'administration soit nommé afin de bâtir un plan pour une apiculture durable. Ce "Monsieur Abeille" a d'ores et déjà été choisi, il s'agit de Jean-Pierre Comparot, ancien Ingénieur Général du Génie Rural des Eaux et des Forêts. Il sera notamment chargé de déterminer si l'insecticide Cruiser, actuellement accusé comme ses prédécesseurs le Gaucho et le Régent de provoquer une surmortalité des abeilles, doit être lui aussi interdit à la vente.
Nathalie Kosciusko-Morizet a, quant à elle, souligné que "la subsistance quotidienne de plus des 2/3 de l'humanité ainsi que plus de 40% de l'économie mondiale dépendent directement de la conservation des écosystèmes. A cet égard, la pollinisation des cultures à l'échelle mondiale est évaluée à 153 milliards d'euros. Et encore, cette estimation ne tient pas compte du service vital que rendent les pollinisateurs à la nature tout entière. Il est temps de renouveler notre approche de la protection de la biodiversité en intégrant désormais sa valeur économique. Le Grenelle de l'environnement comme la loi sur la responsabilité environnementale ouvre la voie à cette reconnaissance."
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