Actualité : article de veille

Les enjeux éthiques de la communication d'informations scientifiques et médicales

Le 30/03/2010, par La Rédaction de Net-iris, dans Santé / Bioéthique.

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Introduction

Partant du constat que certaines annonces pouvaient être source de faux espoirs ou de désillusions et ainsi accroître certaines interrogations sur le rôle de la recherche scientifique, en particulier la recherche médicale dans notre société, le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) a souhaité dans un avis n°109 se pencher sur les questions éthiques liées à la communication aux médias d'informations scientifiques et médicales. Mais au-delà de cette question, le Comité a élargi le débat aux risques que pourraient générer l'annonce prématurée de certaines avancées scientifiques, à une époque où l'information scientifique et médicale circule très rapidement via internet. Les discussions ont enfin porté sur l'incidence du développement des discussions sur la toile portant sur des sujets aussi variés que les risques liés à l'utilisation des OGM, des téléphones portables, des antennes relais, etc. sur la base d'information parfois erronées ou incomplètes, mais très souvent délivrées sans connaissance précise sur le sujet.

L'objectif du Comité, à travers la série de recommandations qu'il publie est d'améliorer "la qualité de l'information que les scientifiques se doivent de transmettre à la société, et qui devraient permettre aux citoyens une meilleure appréciation de l'impact potentiel, individuel ou collectif, des avancées des sciences du vivant et de la santé".

Souligner au citoyen l'importance critique de la validation des informations scientifiques

Une information publiée est systématiquement avérée

Le Comité suggère de rappeler au public qu'il existe un premier niveau de validation d'une information nouvelle avant la publication des résultats dans la presse scientifique. Ensuite, un deuxième niveau intervient lorsque l'information originale est publiée, c'est-à-dire transmise au public, qu'il soit scientifique ou non.
"Si un public scientifique spécialisé est capable de lire l'article relatant la découverte/l'avancée scientifique, un public scientifique moins proche du sujet a déjà des difficultés. La presse scientifique procède pour lui à une certaine forme de vulgarisation. Les journalistes de ces revues scientifiques sont en général excellents", souligne le Comité.

L'information devrait être validée par un chercheur

Mais lorsque l'information arrive dans le grand public, une autre étape doit être franchie. "Le grand public requiert une traduction, une véritable vulgarisation. Il est alors extrêmement souhaitable que l'information transmise, en général par un journaliste, ait été, chaque fois que possible, validée par le chercheur lui-même quant à sa signification et quant à l'importance qu'elle revêt pour le public", estime le CCNE.

Moins de résultat scientifique devrait être annoncé au public

"La tendance croissante de certains scientifiques et de leurs institutions à diffuser un grand nombre de résultats au public via les médias d'information doit être tempérée par l'appréciation du niveau d'intérêt que ces résultats peuvent avoir pour la société dans son ensemble", peut-on lire dans l'avis.
Le CCNE recommande que les échanges entre scientifiques et médias soient étroits et constants et que la validation scientifique précise des faits rapportés, permettent à la traduction médiatique de garder la rigueur et le respect du contexte où le fait scientifique prend son sens.

Une information conforme et mise à jour

L'information parvenant de plus en plus souvent via des sites web, le Comité recommande que l'utilisation par le grand public de sites Web de qualité soit stimulée, notamment en faisant savoir comment ces sites sont "validés".
La validité d'une information pourrait être révisée/ modulée après l'obtention de résultats nouveaux. Dans ce cas, l'information devra être transmise au public.
"Il serait souhaitable que davantage de publications soient consacrées aux rectifications/ amendements de résultats", souligne le Comité.

Inciter et encourager les scientifiques à bien communiquer

"Le métier de chercheur et/ou de médecin n'est pas de communiquer, mais il est indispensable que les scientifiques et médecins soient eux-mêmes impliqués dans la validation de l'information scientifique. Cette validation passe pour les médecins notamment par une formation continue", retient le Comité.
Il apparaît dès lors souhaitable que scientifiques et médecins :
- soient régulièrement impliqués dans la transmission de l'information et dans les débats sur les conséquences que les sciences peuvent avoir sur la société
- lorsqu'ils s'expriment, distinguent clairement ce que sait la science, ce que sont les hypothèses actuelles et ce que sont leurs opinions personnelles.

Dans son avis, le Comité estime indispensable de responsabiliser les scientifiques, tout particulièrement ceux qui lors de communications au grand public ou à la presse, seraient tentés d'exagérer l'importance de leurs résultats.
Il recommande également de "veiller à établir une très grande honnêteté et rigueur intellectuelles lors des grandes campagnes de collecte de fonds et d'appels à la générosité publique".

Enfin, il recommande que les avancées scientifiques ne soient pas prématurément divulguées (comme par exemple la fabrication d'un vaccin contrat le Sida d'ici quelques années).

Encourager toute initiative visant à élever le niveau de la formation scientifique de base

  • Susciter l'intérêt pour les sciences en général :
    Sur ce point, le CCNE estime que pour promouvoir les études scientifiques et technologiques, il est nécessaire de les ouvrir à une population scolaire la plus large possible, éveillée et formée aux sciences et à la démarche scientifique dès l'école primaire. Il soutient les recommandations du rapport Rocard sur le sujet.

  • Stimuler l'enseignement précoce des sciences : il convient de revoir et renforcer les programmes scolaires scientifiques en les rendant plus attractifs.

  • Favoriser l'enseignement de la démarche scientifique et de l'histoire des sciences, disciplines très formatrices.

  • Encourager les organismes ou institutions de recherche à s'ouvrir au grand public (type CNRS, INSERM, CEA, INRA, Institut Pasteur, Institut Curie, Académie des Sciences ou Académie de Médecine, etc.).

  • Augmenter le nombre des émissions scientifiques à la radio et à la télévision.

© 2010 Net-iris

   

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