
Vers un renforcement de la législation des cabines UV
L'Etat restreindra-t'il l'utilisation des cabines à UV face à l'augmentation du risque de cancer de la peau consécutive à des expositions dans des centres de bronzage ?
La France pourrait à l'instar du Brésil, de l'Etat de Nouvelle Galles du Sud et de l'Australie, interdire les centres de bronzage artificiels, obligeant ainsi de nombreux professionnels à se reconvertir.
Des études accablantes : cabines UV = risque de cancer de la peau
En 2006, le Comité scientifique des produits de consommation au niveau européen avait lancé en vain une mise en garde à l'intention des professionnels et particuliers, sur l'usage d'appareils à rayons ultraviolets - lampes à bronzer et bancs solaires - pour obtenir et entretenir un bronzage à des fins esthétiques.
Depuis 2009, l'OMS a classé les appareils de bronzage à émission d'UV parmi les éléments cancérogènes pour l'homme. A la même époque, une étude du Centre international de recherche sur le cancer, basé à Lyon, confirmait que le risque de mélanome cutané (le cancer de la peau) augmente de 75% quand l'utilisation de ces appareils de bronzage commence avant l'âge de 30 ans.
Après plusieurs années de veille, de relevés statistiques, de travaux et d'études, l'Institut national de veille sanitaire (Invs) "tire une nouvelle fois la sonnette d'alarme" en mettant en garde contre les dangers de l'utilisation des cabines à bronzer.
Dans son dernier numéro intitulé "Le bronzage artificiel : une menace bien réelle, mais évitable, pour la santé publique", l'Institut explique que "les rayons ultraviolets artificiels, particulièrement ceux qui sont émis en cabine de bronzage, sont ainsi classés dans la catégorie la plus élevée parmi les agents cancérogènes" et qu'ils augmentent les risques de développement de mélanomes. "Il n'y a aucun bénéfice pour la santé à s'exposer aux rayons ultraviolets artificiels". En revanche, "les dangers sont bien réels".
Entre 1980 et 2005, les mélanomes ont plus que triplé, et le cancer de la peau est responsable de 1.620 décès en France en 2011 (sachant qu'ils interviennent après une lourde prise en charge de la sécurité sociale : examens, analyses, traitements, hospitalisations).
"Cette augmentation du nombre annuel de nouveaux cas de cancers cutanés peut s'expliquer par un changement de comportement, un effet de mode qui conduit à une plus grande exposition solaire et un recours de plus en plus important aux ultraviolets (UV) artificiels", explique un article publié sur le site du ministère de la santé.
Cette étude publiée la veille de la journée annuelle de prévention et de dépistage des cancers de la peau organisée par le Syndicat des Dermatologues vénéréologues, le 24 mai 2012 dans toute la France, tend à sensibiliser les usagers et les pouvoirs publics sur les risques que représentent le recours au bronzage artificiel.
Les mesures de précautions existantes
En matière d'usage des bancs et lampes à bronzer, il est recommandé de ne pas utiliser plus de 10 fois par an des appareils émettant des UV pour bronzer, sachant que certaines personnes présentent un risque particulièrement élevé d'effets indésirables pour la santé dus aux séances d'UV. L'usage des appareils à bronzer est en effet déconseillé aux :
- peaux très sensibles aux coups de soleil, avec une incapacité ou une grande difficulté à bronzer ;
- enfants et les adolescents (la France interdit leur usage pour les moins de 18 ans) ;
- individus qui ont un grand nombre de grains de beauté ;
- personnes qui ont tendance à avoir des taches de rousseur ;
- sujets qui ont des antécédents de coups de soleil fréquents au cours de l'enfance ;
- personnes qui présentent des lésions cutanées précancéreuses ou cancéreuses ;
- peaux déjà endommagées par le soleil ;
- personnes qui se maquillent ;
- personnes qui prennent certains médicaments.
Pour limiter les risques liés à l'exposition aux appareils de bronzage, quelques précautions sont à prendre :
- ne pas utiliser les lampes et bancs à bronzer non supervisés par un professionnel ;
- respecter un délai de 48 heures entre les deux premières expositions ;
- ne pas s'exposer au soleil et à l'appareil le même jour ;
- enlever les cosmétiques bien avant l'exposition et ne pas appliquer d'écran solaire ;
- utiliser des lunettes protectrices ;
- porter "un cache-sexe" pour éviter les cancers génitaux masculins ;
- s'abstenir de s'exposer pendant les périodes où des médicaments qui augmentent la sensibilité aux rayonnements ultraviolets sont pris, notamment antibiotiques, somnifères, antidépresseurs, antiseptiques locaux ou généraux ;
- suivre les recommandations concernant la durée, les intervalles d'exposition et les distances à la lampe ;
- consulter un médecin si des cloques persistantes, des blessures ou des rougeurs se développent sur la peau, ou en cas d'antécédents de pathologie cutanée.
Afin d'éviter un défaut d'entretien des appareils ou une absence de qualification du personnel encadrant l'usage de ces appareils par la clientèle, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) est amenée à effectuer des contrôles sur place.
Les réformes à venir
Dans un proche avenir, la Ministre de la santé, Marisol Touraine, pourrait par exemple :
- renforcer l'obligation de formation des personnes qui travaillent dans les centres à bronzer, afin que leurs notions médicales soient plus développées et actualisées (notamment pour qu'ils sachent mieux reconnaître les peaux à risques, et délivrent une information sincère aux clients sur les risques) ;
- abaisser le niveau d'émission des UV des lampes et lits à bronzer ;
- rendre obligatoire la présentation d'une attestation de visite chez un dermatologue d'une ancienneté de moins d'un an pour chaque client ;
- interdire l'accès aux usagers de moins de 18 ans, avec présentation obligatoire de la carte d'identité et lourde sanction en cas d'infraction ;
- fixer un nombre maximum de séances par client, par mois, pour un même centre (il serait de la responsabilité des clients de dépasser ce nombre en se rendant dans un autre centre).
A terme, ces centres pourraient être fermés, comme le recommandent les membres de l'Académie nationale de Médecine : "l'échec relatif de l'éducation sanitaire, face aux puissantes incitations de nos sociétés modernes à privilégier l'apparence, et la possibilité d'une dépendance psychologique aux UV, plaident pour une politique d'interdiction progressive des cabines de bronzage".
© 2012 Net-iris
Pour approfondir ce sujet :
Information de veille juridique
- Vers un renforcement de la réglementation applicable aux centres de bronzage (25/10/2011)
- L'OMS classe les appareils de bronzage à émission d'UV dans la catégorie des éléments cancérogènes pour l'homme (30/07/2009)
- Mise en garde des professionnels sur les dangers de l'utilisation des lampes à bronzer et bancs solaires (07/07/2006)









