Actualité : article de veille

Réforme des rythmes scolaires : le bras de fer commence

Le 04/02/2013, par La Rédaction de Net-iris, dans Civil / Famille & Personne.

Vos réactions...

   

Les menaces de grèves dans l'éducation nationale pointent leur nez : pour mieux comprendre les "raisins de la colère", identifions les points de blocage.

Introduction

Que l'on ne s'y méprenne pas, la réforme des rythmes scolaires imposée par le Gouvernement Ayrault, contre l'avis des 55 membres sur 60 du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche (CNESER), va avoir des répercutions non négligeables sur les enfants, les parents, les entreprises, les associations et le monde éducatif.

Mise en place dès la rentrée de septembre 2013 pour certaines établissements, dans les écoles maternelles et primaires, la semaine de 4 jours et demi n'est pas accompagnée des moyens financiers et humains nécessaires à la mise en oeuvre sereine de la réforme, si l'on en croit les parents d'élèves, les enseignants et même le ministère de l'éducation nationale.

En effet, sentant monter la grogne des enseignants et les appels à la grève, le ministre Vincent Peillon s'apprêterait à annoncer le versement d'une prime de 400 euros annuels pour les enseignants du primaire, rapporte LeFigaro.

Mais cela ne va semble t-il pas calmer les opposants à la réforme, pour les raisons suivantes.

Une journée d'école modulable

Le décret du 24 janvier 2013 impose uniquement que les heures d'enseignement soient organisées :

  • les lundi, mardi, jeudi et vendredi à raison de 5h30 maximum par jour ;
  • et le mercredi matin, à raison de de 3h30 maximum.

Le texte impose une pause méridienne le midi, minimum d'une 1h30, mais ne prévoit pas de maximum.

En revanche, il dispose que "les élèves peuvent en outre bénéficier chaque semaine d'activités pédagogiques complémentaires", de sorte que tous les établissements ne sont pas tenus de proposer des activités pédagogiques.

Quant à la récréation, d'environ 15 minutes à l'école primaire et de 15 à 30 minutes en maternelle par demi-journée, elle doit s'imputer dans la semaine sur l'ensemble des domaines disciplinaires, prévoit l'arrêté du 25 janvier 2002.

En conséquence, en partant du postulat d'un début de classe à 8h30 et d'une fin de journée à 17h00, les établissements scolaires qui vont devoir faire appel des personnels extérieurs pour gérer les activités pédagogiques complémentaires et périscolaires, s'il y en a.

Dès lors, ils vont devoir optimiser les périodes au cours desquelles le personnel non enseignant sera présent au sein de l'établissement, car le temps de travail proposé sera nécessairement à temps partiel.

Les établissements pourraient mettre en place le système suivant :

  • classe de 8h30 à 11h30 (récréation d'environ 15 min)
  • classe de 14h30 à 17h00 (récréation d'environ 15 min)
  • garderie le matin avant 8h30 et le soir après 17h00
  • cantine et activité périscolaire entre 11h30 et 14h30 (une pause de 3 heures que beaucoup d'enseignants pourraient juger contre productive pour la concentration des enfants et l'apprentissage)

Une autre solution est envisageable :

  • classe de 8h30 à 11h30 (récréation d'environ 15 min)
  • classe de 13h00 à 15h30 (récréation d'environ 15 min)
  • garderie le matin avant 8h30 et le soir après 16h30
  • cantine de 11h30 à 13h00,
  • activités pédagogiques de 15h30 à 16h30

Quant au mercredi, les élèves de maternelle et de primaire auront école pour la plupart le mercredi matin de 8h30 à 12h ou de 9h à 12h30. Aucune obligation de cantine scolaire, de ramassage scolaire ou de garderie n'est imposée.

Des inégalités vont se créer

Tout d'abord, sur le plan social, les inégalités vont être renforcées :

  • entre le privé et le public, avec des activités pédagogiques complémentaires plus enrichies variées et sans doutes payantes dans le secteur privé. Des établissements publics, sans moyens, pourraient faire l'impasse sur ces activités (découverte d'une langue étrangère, activité plastique, activité musicale, sport, atelier lecture, découverte de la science, etc.) ;
  • entre les régions (certaines étant mieux loties que d'autres) ;
  • entre les établissements se situant à la ville et ceux de la campagne (les petites structures de campagne auront peu de moyen).

Au final, les élèves pourraient être les premiers pénalisés par l'absence d'activités pédagogiques complémentaires et un nouvel emploi du temps pas adapté avec les périodes d'apprentissage privilégiées (début de matinée et début d'après-midi).

Un coût supplémentaire pour les parents

La réforme va nécessairement obliger les parents à mettre la main au porte-monnaie, car si l'école de la République est gratuite, la garderie, la cantine et les transports scolaires ne le sont pas.

Quant aux activités pédagogiques, les communes pourraient n'en prendre à leur charge qu'une partie.

Même si des bénévoles acceptent de donner de leur temps pour les activités pédagogiques complémentaires, encore faut-il que les horaires proposés ne coïncident pas à leur horaire de travail. De plus, ces activités seront pour beaucoup associées à l'achat de matériels qu'il faudra bien financer.

Avec l'école le mercredi matin, beaucoup de parents ayant un emploi salarié vont devoir s'organiser pour récupérer leurs enfants à la sortie de la classe (ou après la cantine si elle est prévue). En effet, les centres de loisirs, nounou, et autres moyens de garde ne sont pas toujours situés à proximité des écoles. Soulignons que les moyens de transports collectifs, sans encadrement, ne sont pas adaptés aux enfants de maternelle et de primaire.

Un coût supplémentaire pour les communes

Les communes financent généralement la cantine. En ajoutant le mercredi midi, leurs charges vont augmenter, à moins qu'elles décident de reporter la hausse sur le prix des repas (à charge pour parents). Autre solution, certaines établissement pourraient ne pas proposer de cantine le mercredi.

En outre, avec l'école le mercredi matin, l'entretien des locaux devra être assuré une journée de plus par semaine.

Des enseignants "mal équipés"

Sur le plan logistique, lorsque les intervenants extérieurs géreront les activités périscolaires avec les enfants dans les classes, les enseignants ne disposeront pas d'un espace leur permettant de préparer leurs cours, de corriger les devoirs, de préparer un projet scolaire.

Les établissements scolaires de maternelle et primaire ne contiennent généralement pas de "classe des maitres", et quand elle existe, se trouve souvent utilisée pour stocker du matériel, sans oublier qu'elle ne dispose pas toujours d'un ordinateur.

Les établissements ne disposant généralement que d'un faible nombre d'ordinateurs et de photocopieuses par établissement, il sera difficile aux enseignants de travailler effectivement pendant les périodes d'activités pédagogiques complémentaires.
Soulignons aussi que la récente proposition de loi de la députée Laurence Abeille, recommande de ne pas utiliser le Wifi dans les écoles, ce qui limite également le recours aux ordinateurs portables personnels.

Enfin, pour l'heure, la réforme impose aux enseignants, sans hausse de salaire, d'être présents et de faire classe le mercredi matin, ce qui n'était pas le cas précédemment. Or, se rendre sur le lieu de travail, représente pour beaucoup déjà un coût en terme de frais de déplacement.

Des associations et leurs adhérents pénalisés

Beaucoup d'associations fonctionnent en France sur la base du bénévolat. Lorsque des professeurs diplômés interviennent dans un club, leur salaire est généralement financé en grande partie par les cotisations des pratiquants.

En instituant l'école le mercredi matin, beaucoup de club et d'associations vont connaître une baisse de leurs revenus.

En effet, lorsque le nombre de pratiquant est limité (ex : équitation, natation, sports collectifs, école de musique, escrime, tennis, etc.), la suppression de la plage horaire du mercredi matin va être pénalisante et ne pourra pas être remplacée par une autre.

Et comme l'école du mercredi matin est consacrée à enseignement scolaire, les personnes appartenant au monde associatif ne pourront pas intervenir au cours de cette période dans les écoles au titre des activités pédagogiques complémentaires.

Des entreprises confrontées aux demandes de travail à temps partiel et d'aménagement d'horaires

Enfin, les entreprises vont être les victimes par ricochet du bouleversement des rythmes scolaires.

Nombre de parents vont devoir aménager leur temps de travail à compter de la rentrée scolaire 2013-2014, pour :

  • récupérer leur enfant plus tôt le soir, surtout à l'école maternelle ou la fatigue risque d'être plus importante en fin de journée (école étant ouverte dès l'âge de 2 ans) ;
  • récupérer leur enfant le mercredi midi, pour soit le garder l'après-midi, soit le déposer au centre de loisirs, chez les grands-parents, une nounou, au sport, etc.

Dès lors, les demandes de travail à temps partiel (avec le repos le mercredi ou le mercredi après-midi) risquent d'affluer sur les bureaux des RH. Le recours au télétravail une journée par semaine, le mercredi, pourraient être une solution adoptée dans de nombreuses situations, avec pour conséquences :

  • une réorganisation du planning de travail des équipes ;
  • la mise à disposition des outils informatiques nécessaire pour le télétravail ;
  • l'assouplissement des horaires de début et de fin du travail, voire aussi celle de la pause déjeuner du mercredi ;
  • la création d'une garderie dans l'entreprise.

Une réforme à améliorer d'ici 7 mois...

Professionnels de l'éducation nationale, enseignants, parents d'élève, employeurs et RH, Maires, etc. peuvent par leurs contributions participer à l'amélioration de cette réforme.

N'hésitez pas à utiliser le dispositif de commentaire de cette actualité pour faire part des problématiques que vous rencontrez et des solutions que vous trouvez..

© 2013 Net-iris

   

Inscription JuriTravail Avocats

Pour approfondir ce sujet :

Commentaires et réactions :



-