Actualité : article de veille

La biométrie s'étend et colonise de nouvelles sphères de notre quotidien

Le 02/08/2013, par La Rédaction de Net-iris, dans Technologies / Technologie & Communications.

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La reconnaissance faciale va t-elle devenir le nouveau moyen de paiement sans contact et infalsifiable ?

Introduction

La perte ou l'oubli de ses moyens de paiement pourrait, à l'avenir, ne plus inquiéter les consommateurs.

L'autorité de surveillance des systèmes de sécurité s'est ici saisie d'une question relative à un service récemment apparu par lequel une société Finlandaise baptisée Uniqul propose l'installation d'un système automatisé de paiement par reconnaissance faciale, décrit sur Futura-Sciences (caméra, écran tactile et unité centrale). Le procédé compatible avec les logiciels de divers magasins ou officine de vente permettrait, par un dispositif de reconnaissance faciale et une manipulation tactile de l'écran, d'exécuter un paiement en quelques secondes. La carte bancaire et son code secret n'auraient plus lieu d'être.

Il suffira à une personne de se présenter physiquement devant un terminal muni d'une caméra qui filme le visage et d'opérer le lien avec les coordonnées de sa carte bancaire afin de procéder au paiement par un simple clic sur l'écran. Le procédé serait accessible par le biais d'un abonnement mensuel.

La biométrie consiste à convertir les informations données par le corps humains en données informatisées exploitables selon diverses formes (ex : ouverture d'une porte, d'un coffre, accès à un contenu sur ordinateur).

Jusqu'à présent les dispositifs de biométrie devaient viser à répondre à un impératif fort de sécurité.

Or, ce dispositif ayant pour finalité la simplification du mode de paiement dans le cadre d'une utilisation quotidienne et d'achats intervenant dans le cadre de la vie courante (courses d'ordre alimentaire, achat de médicament en pharmacie…) - moyennant le versement d'une contrepartie financière minime et graduelle en fonction de l'importance du périmètre couvert par le procédé - paraît quelque peu s'écarter de la finalité première assignée à la biométrie.

Le paiement sans contact par reconnaissance biométrique est révolutionnaire par la simplification et la rapidité qu'elle propose aux consommateurs, cependant elle n'exclut pas bon nombre d'interrogations à propos des emplois qu'elle serait susceptible de menacer (caissiers, vendeurs).

L'apport de cette évolution technologique semble avantager en premier lieu les commerces et magasins. Ils pourront gagner beaucoup de temps pour les opérations d'encaissement mais aussi diminuer le coût de la masse salariale pour le personnel affecté à cette tâche.

La Commission Nationale Informatique et Libertés (CNIL) s'est intéressée à ce dispositif dans la mesure où celui-ci nécessite l'usage de données physiques propre à chacun. La CNIL est la seule autorité à disposer d'un pouvoir d'autorisation expresse des dispositifs biométriques sur le sol français.

Les conditions nécessaires pour l'utilisation d'un dispositif biométrique

Les dispositifs biométriques ne sont justifiés que s'ils sont fondés sur un fort impératif de sécurité et satisfont aux quatre exigences suivantes :

  1. la finalité du dispositif : elle doit être limitée au contrôle de l'accès d'un nombre limité de personnes à une zone bien déterminée, représentant ou contenant un enjeu majeur dépassant l'intérêt strict de l'organisme, tel que la protection de l'intégrité physique des personnes, celle des biens et des installations ou encore celles de certaines informations. Il s'agit par exemple du contrôle d'accès à une centrale nucléaire, à une cellule de production de vaccins, à un site Seveso II, à un bloc opératoire dans un CHU, à l'utilisation de matériaux dangereux.
  2. la proportionnalité : le système proposé doit être adapté à la finalité préalablement définie eu égard aux risques qu'il comporte en matière de protection des données à caractère personnel ;
  3. la sécurité : le dispositif doit permettre à la fois une authentification et/ou une identification fiable des personnes et comporter toutes garanties de sécurité pour éviter la divulgation des données ;
  4. l'information des personnes concernées : elle doit être réalisée dans le respect de la loi "informatique et libertés" et, le cas échéant, du Code du travail.
  5. la pertinence du choix de la technique : elle doit être dictée par les contraintes liées à l'utilisation du dispositif. En cas de recours aux dispositifs les plus lourds, les raisons de l'éviction des autres dispositifs biométriques doivent être exposées.

La morphologie du visage est ici le critère mis en valeur afin d'exécuter la transaction souhaitée par le consommateur. La fiabilité de l'authentification constitue l'élément essentiel, afin qu'aucune possibilité d'usurpation d'identité ne soit possible.

Des français pas forcément enclins à utiliser cette technologie

Récemment interrogés, les français se montrent faiblement enclin à se tourner vers l'utilisation de la biométrie dans un cadre marchand par ou pour des entreprises privées. Comme le démontre l'étude mené par le Crédoc, seuls 27% accepteraient que ce type de données soient utilisées pour payer dans un magasin, 32% pour s'identifier à l'entrée d'équipements de loisirs, etc.

Les sujets d'inquiétudes les plus répandus, quant à l'utilisation de données biométriques, sont la collecte de données à l'insu d'une personne. Près de 9 personnes interrogées sur 10 s'inquiètent, par exemple, du fait que des logiciels soient capables d'effectuer une reconnaissance automatique des visages sur des photos numériques, et que cette technique ne soit pas toujours assortie d'un accord préalable des principaux intéressés.

La sécurisation de la technique proposée doit être observée avec une précision millimétrique de façon à ce que les usages illicites et détournement de finalité de cette évolution ne viennent pas assombrir les perspectives offertes par ce nouveau moyen de paiement.

Mais le problème d'une trop grande sensibilité du dispositif se reflétera aussi sur la qualité de son utilisation et sur le nombre de paramètres qui pourront parasiter son utilisation. Les concepteurs du mécanisme se lancent un défi relevant de l'équilibrisme.

Enfin d'autres questions plus générales pourraient aussi venir à l'esprit.

L'institution de cette nouvelle technique est révolutionnaire par la simplification et la rapidité qu'elle propose aux consommateurs, cependant n'est-elle pas de nature à menacer des emplois ? (caissiers, vendeurs..).

Une modification de l'apparence du visage, désirée ou non (chirurgie esthétique, opération suite à un accident, vieillissement du visage…) pourrait-elle mettre en échec le système de reconnaissance physique ? Quels moyens de secours ?

La captation des images de notre visage pourraient-elles permettre notre reconnaissance sur des photos en ligne sur internet ? Notre vie privée est-elle suffisamment protégées contre l'émergence de cette innovation ?

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