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Réforme du permis de conduire : de vraies fausses bonnes nouvelles ?

Le 17/06/2014, par Carole Girard-Oppici, dans Public / Transport.

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La conduite automobile devient bien souvent indissociable de la notion d'accès à l'emploi, et pourtant seuls 60% des candidats sont admis.

Au fil des années, les règles relatives à l'obtention du permis de conduire (permis B) d'un véhicule de tourisme n'ont eu de cesse d'évoluer, avec à la clé un coût d'obtention du permis toujours plus important, un délai d'obtention qui croît et des difficultés croissantes lorsque le conducteur doit repasser le permis.
L'idée maîtresse qui anime les autorités réglementaires est à la fois d'améliorer la sécurité routière et de réduire le nombre d'accident et de tués sur les routes, en essayant de s'inspirer des bonnes pratiques de nos voisins européens, mais aussi d'augmenter le taux de réussite car le permis est souvent nécessaire pour décrocher un emploi.

Bernard Cazeneuve, le ministre de l'Intérieur, chargé de la sécurité routière souhaite à son tour réformer le permis en conduire en :

  • le rendant plus accessible aux jeunes, avec un début de la conduite accompagnée à 15 ans (contre 16 ans actuellement);
  • permettant aux jeunes ayant suivi la conduite accompagnée, de passer le permis de conduire auto à 17 ans et demi (au lieu de 18 ans) ;
  • dispensant aux élèves de seconde des cours de sécurité routière sanctionnés par une attestation niveau 3 ;
  • réduisant à 45 jours les délais de passage du permis de conduire ;
  • réduire le coût (1.500 euros en moyenne) et augmenter le taux de réussite (60%) au permis (contre 72% et 86% de réussite respectivement en Allemagne et Autriche) ;
  • réduisant les délais de représentation au permis. De 3 mois en moyenne au niveau national, l'attente peut atteindre une moyenne de 5 mois dans certains départements, notamment en Île-de-France ;
  • réduisant, dès le 1er septembre 2014, la durée de l'épreuve pratique du permis B de 35 à 32 minutes par la suppression d'étapes inutiles ;
  • modifiant la méthode d'attribution des places d'examen aux auto-écoles pour ne plus pénaliser les candidats qui le passent une nouvelle fois.

En outre, à partir de 2015, la surveillance de l'examen du code sera confiée à un prestataire agréé par l'État. Les frais d'inscription qui seront dus par les candidats se substitueront aux frais de présentation aujourd'hui facturés par les auto-écoles.

par ailleurs, en accord avec le Conseil national de la sécurité routière (CNSR) le ministre de l'Intérieur s'est dit favorable à l'expérimentation de la limitation de la vitesse à 80 km/h (au lieu de 90 km/h) sur les routes nationales. Expérimentée dans un premier temps sur certains axes routiers, la mesure sera évaluée en termes de coût/bénéfice sur la sécurité routière.

Les détracteurs de cette proposition, comme le souligne Atlantico, rappellent que changer la vitesse coûte extrêmement cher puisqu'il faudrait changer tous les panneaux de vitesse (mobilisation de moyens humains, matériels et financiers), mais surtout qu'il serait plus bénéfique de faire déjà respecter la vitesse actuelle (à savoir 90 km/h), laquelle se trouve trop souvent dépassée par les automobilistes (le nombre d'excès de vitesse constaté ne cesse de croître). De plus, il semble que dans beaucoup de situations, les accidents sont liés à des comportements dangereux (téléphone portable au volant, conduite en état d'ivresse ou sous l'emprise de stupéfiant...).
A quoi sert-il de renforcer les normes, si déjà celles existantes, et moins sévères, ne sont pas respectées !

De plus, avec les effets de la crise et la réduction des budgets accordés pour l'entretien des routes, il apparaît que le réseau routier français se dégrade plus vite qu'il n'est refait (le taux annuel de renouvellement des surfaces devrait être de 8%, alors qu'il n'est que de 4%). Or, on sait qu'une route mal entretenue est source d'accident de la circulation.
Idem pour les conducteurs qui en tant de difficultés économique repoussent au maximum les frais liés à l'entretien de leur véhicule, alors même que certaines sont des éléments essentiels de sécurité (frein, pneu, amortisseur, essuie-glace...).
Enfin, plus le parc automobile est récent et moins la gravité des blessures est importante. Or, ces dernières années, le bonus automobile versé pour inciter à l'achat de véhicules neufs peu polluants a été considérablement réduit.

Dès lors, on peut se demander si le Gouvernement ne détourne pas la problématique de la sécurité routière pour pallier à ses propres carences en termes d'investissement ?

Enfin, d'autres solutions, qui ont fait leur preuve, existent pour réduire le taux d'accidentologie, et elles sont pourtant délaissées. Il s'agit par exemple des éthylotests et testdrogue avec anti-démarrage de série, des stages post-permis avec remise à niveau et les stages de conduite en situation dangereuse (ex : intempérie), qui forment le conducteur à bien se comporter (ex : adapter sa conduire à son état physique et aux conditions de circulation) et à bien réagir (freinage d'urgence, conduite sur sol glissant...).

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