Le cadre juridique de la sécurité des télécommunications
Article de doctrine publié le mercredi 2 novembre 2005.
Rédigé par Murielle Cahen et classé dans le thème Sécurité & Protection.
Le progrès des technologies de l'information et de la communication n'est pas sans risques. Des failles de sécurité se multiplient et engendrent de nouvelles vulnérabilités ; des menaces pernicieuses et inédites se font jour. Les sociétés perdent des sommes considérables, en raison des dysfonctionnements induits par les questions de sécurité. Cet article fournit un ensemble de mesures législatives touchant l'usage et le traitement des nouvelles technologies de l'information et des télécommunications. La question de la sécurité embrasse ici : 1) le secret des télécommunications (correspondance privée, conversations téléphoniques), 2) les patrimoines informatiques (les oeuvres immatérielles, les systèmes informatiques...), et 3) le commerce électronique (signature électronique, modes de paiement en ligne, protection des consommateurs). I. Sécurité et secret des télécommunicationsEn matière de télécommunications, l'obligation de sécurité et de confidentialité est une exigence essentielle dont le non respect peut entraîner des sanctions pénales. L'opérateur doit prendre toutes les dispositions nécessaires pour assurer la sécurité des communications empruntant son réseau, et doit informer ses clients des services existants permettant le cas échéant de renforcer la sécurité des communications. A - Les garanties opérateursLe secret des correspondances étant un prolongement du respect de la vie privée, le code des postes et télécommunications prévoit expressément la protection de la vie privée des consommateurs. Ainsi, l'interception, le détournement, l'utilisation ou la divulgation des correspondances émises, transmises ou reçues par la voie de télécommunications est puni d'un an d'emprisonnement et de 45000 EUR d'amende. Depuis la loi du 10 juillet 1991, il en va de même pour les écoutes téléphoniques, et les correspondances émises par la voie de télécommunications (les courriers électroniques). Les écoutes téléphoniques sont interdites sauf exceptionnellement pour des affaires intéressant la sûreté de l'Etat ou la Défense nationale, le terrorisme, la criminalité ou la délinquance organisée, et la sauvegarde du potentiel économique ou scientifique de la France. B - Utilisation de la cryptologieLa cryptologie constitue aujourd'hui pour les entreprises la solution technique incontournable pour protéger leurs échanges sur le réseau contre d'éventuelles violations de correspondance. La cryptologie est un moyen de préservation de l'intimité de la vie privée. Selon l'article 29 de la loi pour la confiance dans l'économie numérique (LCEN) : Depuis janvier 1999, le gouvernement français a décidé de rendre totalement libre l'utilisation des moyens de cryptologie. Néanmoins, cette liberté reste conditionnée, notamment par la conservation des conventions de cryptage par des "tiers de confiance" - organismes placés sous le contrôle des pouvoirs publics - lorsque les clés emploient des algorithmes excédant 128 bits et qu'elles assurent une fonction de confidentialité ; l'utilisateur devant solliciter une autorisation préalable personnelle. II. Sécurité et patrimoines informatiquesLe patrimoine informatique comprend non seulement les biens matériels, mais également les oeuvres et créations issues de ces matériels. Il s'agit d'oeuvres et de créations audiovisuelles, multimédias, ou cinématographiques ; mais il peut également s'agir d'un logiciel, d'une marque, d'un brevet, d'une base de données, d'un ludiciel, ou d'un jeu vidéo... A - Sécurité des oeuvres immatériellesLes oeuvres de l'esprit considérées comme originales sont protégées par le droit de la propriété intellectuelle. En violation totale des droits d'auteur, ces oeuvres circulent parfois de façon illégale sur le Net. Ainsi, la diffusion, la reproduction, copie ou numérisation sans l'autorisation de l'auteur constituent un délit civil et pénal, puni de deux ans d'emprisonnement et 250 000 euros d'amende (Art.335-3 Code de Propriété Intellectuelle). Un exemple de mesure récente de protection des droits d'auteur : B - Sécurité des systèmes informatiquesIl s'agit ici de la protection contre les fraudes informatiques, notamment la violation des secrets de l'entreprise. III. Sécurité et commerce électroniqueDans un environnement international, le commerce électronique exige des garanties en matière de sécurité, de confidentialité et de preuve des transactions. Ces garanties sont essentielles tant pour la protection du consommateur que pour celle du commerçant qui offre des produits et services au grand public. A - Quels sont les risques relatifs au manque de sécurité ?Menace au niveau de la transmission des donnéesUne personne non autorisée peut intercepter des données transférées entre deux sites sur Internet. Elle peut lire les données et les altérer. L'intégrité des données du commerce électronique telles que les demandes d'achats doit être assurée. La sécurité reposerait donc sur la confidentialité. Menace au niveau de l'authenticitéDans une transaction électronique, il n'est pas toujours aisé d'identifier l'acheteur et le vendeur. L'une des deux parties peut utiliser une fausse identité. Ici, la fonction de sécurité consiste à certifier que l'offre ou la commande provient bien de leur véritable auteur. Menace pour les paiementsLa vente de produits ou de services sans la conclusion d'un paiement est un risque commercial réel. Des exemples de non-paiements sont des achats réalisés avec une fausse identité, l'utilisation d'un compte bancaire non valide et le paiement avec des numéros de cartes de crédits illégitimes. B - La signature électroniqueLa signature électronique permet, à l'aide d'un procédé cryptographique, de garantir l'intégrité du document signé et l'identité du signataire. Actuellement seule une signature électronique basée sur la cryptographie asymétrique permet à une partie de se prévaloir de la présomption de fiabilité posée par l'article 1316-4 al. 2 (2e phrase) du code civil. La signature électronique fiable est définie comme suit : "Les signatures électroniques avancées, basées sur un certificat qualifié, et créées par un dispositif sécurisé de création de signature répondent aux exigences légales d'une signature à l'égard de données électroniques, de la même manière qu'une signature manuscrite répond à ces exigences à l'égard de données manuscrites ou imprimées sur papier et soient recevables en justice.". Le décret du 30 mars 2001 impose le respect de toute une série de conditions pour qu'un dispositif de création de signature électronique soit considéré comme un dispositif sécurisé :
C - Sécurité des paiements en ligneLe développement du commerce électronique exige des garanties de sécurité des réseaux. D - Protection des consommateurs :=> En matière de paiement en ligne, la partie la mieux protégée est le consommateur, lequel bénéficie, depuis la Loi sur la Sécurité Quotidienne (la LSQ du 15/11/01), de la possibilité de contester le paiement effectué à distance avec sa carte bleue, dans les 70 jours suivant l'opération, si le paiement a été effectué frauduleusement, à distance, sans utilisation matérielle de sa carte, ou si sa carte a été contrefaite et que, au moment de l'opération, il était lui-même en possession physique de sa carte. L'utilisation physique de la carte signifie qu'elle est physiquement contrôlée par le biais de la frappe du code confidentiel permettant le contrôle de la présence du code sur la carte. => Le consommateur est également protégé contre le traitement des données à caractère personnel (nouvelle loi "Informatique et libertés" du 6 août 2004). Est ainsi qualifiée de donnée à caractère personnel, "toute information relative à une personne physique identifiée ou qui peut être identifiée directement ou indirectement ou par référence à un numéro d'identification ou à plusieurs éléments qui lui sont propres. Pour déterminer si une personne est identifiable, il convient de considérer l'ensemble des moyens en vue de permettre son identification dont dispose ou auxquels peuvent avoir accès le responsable du traitement ou toute autre personne". => Le consommateur est protégé contre les communications commerciales non sollicitées ("spam"). La loi pour la confiance dans l'économie numérique (LCEN) a mis en place des mesures de " protection " des consommateurs contre les méfaits du "spam". Elle interdit l'envoi de messages commerciaux non sollicités (par courrier électronique, SMS ou MMS), sauf si la personne physique a donné son consentement préalable (système dit "opt-in"). ![]() |
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