Sécurité et patrimoines informatiques
Article de doctrine publié le mercredi 8 mars 2006.
Rédigé par Murielle Cahen et classé dans le thème Sécurité & Protection.
On entend par patrimoine informatique tous les biens matériels informatiques d'une part, mais également toutes les oeuvres multimédias, audiovisuelles, cinématographiques créees grâce à ces matériels, les logiciels, les bases de données, les jeux vidéos... d'autre part. A. Sécurité des oeuvres immatériellesToute oeuvre de l'esprit, c'est à dire toute forme d'expression originale est protégée par les droits d'auteur. L'article L.111-1 du code de la propriété intellectuelle prévoit en effet que "l'auteur d'une oeuvre de l'esprit jouit sur cette oeuvre, du seul fait de sa création, d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous. Ce droit comporte des attributs d'ordre intellectuel et moral ainsi que des attributs d'ordre patrimonial." Le critère de protection est l'originalité. L'originalité s'entend comme le reflet de la personnalité du créateur, il faut l'empreinte personnelle de l'auteur. "Est également un délit de contrefaçon toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d'une oeuvre de l'esprit en violation des droits de l'auteur, tels qu'ils sont définis et réglementés par la loi." ( article L.335-3). L'articles L.335-4 prévoit quant à lui qu'"est punie de trois ans d'emprisonnement et de 300.000 euros d'amende toute fixation, reproduction, communication ou mise à disposition du public, à titre onéreux ou gratuit, ou toute télédiffusion d'une prestation, d'un phonogramme, d'un vidéogramme ou d'un programme, réalisée sans l'autorisation, lorsqu'elle est exigée, de l'artiste-interprète, du producteur de phonogrammes ou de vidéogrammes ou de l'entreprise de communication audiovisuelle. Les personnes morales peuvent être déclarées responsables pénalement de ces infractions en vertu de l'article L 335-8 du code de la propriété intellectuelle. Les bases de données sont également protégées par les droits d'auteur et par la loi du 1er juillet 1998. L'architecture de la base et les outils d'interrogation et de recherche sont protégés au titre d'un droit d'auteur spécial et du droit commun du droit d'auteur. De plus, le producteur d'une base de données est protégé contre toute extraction, réutilisation de la totalité ou d'une partie qualitativement ou quantitativement substantielle du contenu de la base. ( articles L. 341-1 du code de la propriété intellectuelle) Seul le producteur peut bénéficier de cette protection. La loi du 6 août 2004 relative à la protection des personnes physiques à l'égard des traitements de données à caractère personnel a d'ailleurs autorisé les sociétés de perception et de répartition de droits d'auteur à former, sous l'oeil vigilent de la CNIL, des fichiers ou listes noires des contrevenants qui téléchargeraient des oeuvres sans autorisation De plus, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a récemment autorisé, en application de l'article 9-4° de la loi de 1978 modifiée en août 2004, le syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (SELL) à mettre en oeuvre un traitement automatisé de détection des infractions au code de la propriété intellectuelle. Le SELL avait en effet présenté un dispositif à la CNIL visant à adresser des messages de prévention aux internautes téléchargeant et mettant à disposition des logiciels copiés illégalement sur les réseaux "peer to peer", et à relever, dans certains cas, l'adresse IP de ces internautes. La CNIL, après étude, a donc autorisé la mise en place de ce dispositif en mars 2005, estimant que l'équilibre entre la protection des droits des personnes dont les données sont traitées et la protection des droits d'auteurs était préservé. Les mesures techniques de protection et les Systèmes numériques de gestion des droits (Digital Rights Management Systems) constituent un ensemble de protections, il s'agit de technologies permettant de protéger les droits d'auteur en chiffrant les contenus et en n'autorisant qu'un accès limité et contrôlé. L'utilisation de la cryptographie permet de chiffrer les données à des fins de non-divulgation et de non-reproduction. Ces nouvelles protections visent à assurer la protection des contenus numériques pour de nouvelles formes de distribution et d'exploitation. En effet, les DRMS permettent la traçabilité des oeuvres lorsqu'elles sont diffusées sur support numérique et plus particulièrement lors de leur mise en ligne. B. Sécurité des systèmes informatiquesLe code pénal protège les systèmes de traitement automatisé de données, en particulier contre la fraude informatique. Le fait d'entraver ou de fausser le fonctionnement d'un système de traitement automatisé de données, notamment par le spamming, c'est à dire l'envoi massif de messages non sollicités et le fait d'introduire frauduleusement des données dans un système de traitement automatisé ou de supprimer ou de modifier frauduleusement les données qu'il contient sont punis de cinq ans d'emprisonnement et de 75.000 euros d'amende" en vertu des articles 321-2 et 321-3 du code pénal. De plus, découle de la loi sur la confiance en l'économie numérique du 21 juin 2004 l'article 321-3-1 qui incrimine "le fait, sans motif légitime, d'importer, de détenir, d'offrir, de céder ou de mettre à disposition un équipement, un instrument, un programme informatique ou toute donnée conçus ou spécialement adaptés pour commettre une ou plusieurs des infractions prévues par les articles 323-1 à 323-3". Peuvent donc être punis sur la base de ce texte toutes les personnes qui créent des virus ou des moyens de contourner des protections techniques, les personnes qui mettent à disposition de faux numéros de cartes bancaires sur Internet... Récemment, le sénateur socialiste Michel Dreyfus-Schmidt a déposé une proposition de loi qui vise à créer une nouvelle infraction pénale : l'usurpation numérique. Son objectif est de punir toute personne qui usurpe l'identité d'autrui sur Internet. En effet, on voit se développer le phishing qui consiste à se faire passer pour une entité en ligne, une entreprise par exemple, en usurpant son identité et ainsi amener les utilisateurs à divulguer leurs données personnelles et bancaires. Le phishing recourt à des emails et sites webs factices où les internautes n'ont plus qu'à entrer leur mot de passe, leur code bancaire, leur numéro de sécurité sociale... Pour plus d'efficacité dans la répression, il existe "des cybergendarmes" et notamment l'office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication et la brigade d'enquête sur les fraudes aux technologies de l'information. La Commission nationale de l'informatique et des libertés assure également un contrôle. Elle vérifie que la loi est respectée. Si elle constate des infractions, elle peut les dénoncer au parquet. Elle a des pouvoirs de vérification et d'investigation pour instruire les plaintes. De plus, une entraide judiciaire est prévue au niveau international pour tenter de couvrir l'ensemble du réseau Internet. ![]() |
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