
L'heure est-elle à l'autofinancement des entreprises ?
Article de doctrine publié le vendredi 26 septembre 2008.
Rédigé par Eliane Ndounkeu et classé dans le thème Finance.
L'inflation et les taux d'intérêt zéro encouragent la "paresse" chez les entreprises et corrélativement les rendent inaptes à générer de l'argent ou encore une marge bénéficiaire appréciable. C'est que l'emprunt dans ces conditions [1] est moins lourd et plus souple que la tentative de sécrétion des capitaux propres [2]. Mais il s'agit là d'une situation très précaire et instable à laquelle il convient de ne pas se fier. Il est alors conseillé aux entreprises, si elles veulent être pérennes et prospères de recourir à l'autofinancement pour ne pas subir les contre coups des fluctuations de la conjoncture économique. Au-delà de ce fait, l'on pourrait aussi avancer la situation de dépendance de l'entreprise qui emprunte, compte tenu de la mainmise de l'Etat sur le secteur bancaire et le fait que tout emprunt est toujours soumis à des conditionnalités lourdes qui sont parfois fiscales [3]. L'autofinancement rend l'entreprise indépendante sur le plan financier et la libère du service de la dette. Monsieur Dautresme dans son rapport, a été on ne peut plus éloquent. Ainsi déclare t-il, "Jusqu'à la crise, l'autofinancement des entreprises faisait l'objet d'un débat théorique, au demeurant assez platonique. Ses partisans faisaient valoir qu'il constituait un circuit court d'affectation de l'épargne à l'investissement récompensant les entreprises les plus dynamiques et multipliant leur capacité créatrice, au sein d'une stratégie à long terme indépendante et maîtrisée". Par définition, l'autofinancement dégagé lors d'une période N renvoie au résultat net à affecter de la période N augmenté des dotations (nettes de reprises) aux amortissements et provisions imputables à la période N, et diminué des distributions de dividendes effectuées durant la période N [4]. Ainsi défini, l'autofinancement est quasi identique à la notion de fonds propres, qui elle fait référence au capital et aux réserves, c'est-à-dire "des éléments du patrimoine de la société. Mais on y englobe aussi le produit des prêts participatifs et les soldes des comptes courants d'associés parce que ces sommes, sans appartenir à la société, sont mises à sa disposition de manière stable, voire permanente" [5]. Il ressort en filigrane que cette dernière notion est plus large que celle d'autofinancement. Nous condamnons d'ailleurs la conception qui veut que l'entreprise ne s' "auto" finance qu'avec son capital et ses réserves. Certes, capital et réserves importantes sont le signe d'une bonne santé économique et d'une bonne gestion de l'entreprise. Mais on oublie très rapidement que bonne gestion et bonne santé économique attirent les investisseurs et facilitent l'obtention des emprunts obligataires qui sont une importante source de financement. Il s'agit en quelque sorte d'un effet boomerang : l'argent obtenu par ces moyens est la résultante de l'image de marque de l'entreprise. C'est sûrement compte tenu de cette conception restrictive de l'autofinancement que ses détracteurs en leur temps l'ont condamné assez sévèrement. Selon eux, il n'assure pas une allocation optimale des capitaux et soustrait à la logique du marché une fraction des moyens financiers disponibles et permettent, dans de nombreux cas aux dirigeants des entreprises d'asseoir des stratégies de puissance ou de pouvoir non conformes à la stricte rationalité économique [6]. La nouvelle conception de l'autofinancement [7] vient remettre en cause cette critique. Il est de plus en plus admis que l'autofinancement ou si l'on veut les fonds propres se rapportent aussi bien à des obligations remboursables, échangeables ou convertibles en actions qu'à des fonds provenant d'une offre publique d'achat. Quoi qu'il en soit, c'est en tout cas à cette méthode qu'ont fait recours quelques grandes banques internationales pour faire face à la crise financière qui secoue actuellement l'Asie et l'occident. En effet, ces dernières ont convenu de mettre de côté 700 milliards de Dollars dans une sorte de caisse de secours, pour les jours noirs. C'est à ça qu'aurait dû pensé plus tôt la banque américaine Lehman Brothers [8] qui aujourd'hui a fait faillite et de nombreuses autres entreprises qui menacent de déposer leur bilan. par Eliane Ndounke --- 2 Effet de levier de l'endettement. 3 La fiscalité directe joue un grand rôle dans la formation et l'importance de l'autofinancement, que ce soit directement par le niveau du prélèvement fiscal ou indirectement, à travers la déductibilité des amortissements et des provisions du bénéfice imposable. 4 MASSIERA (A.), Finance d'entreprise et finance de marché en zone franc, L'Harmattan, 2001, P. 295. 5 CORDIER (B.), Le renforcement des fonds propres dans les sociétés anonymes, LGDJ, 1989, P. 17. 6 Rapport DAUTRESME de 1982. "Rapport sur le développement et la protection de l'épargne" publié à La Documentation Française, 1982. 7 Selon cette nouvelle conception, les expressions comme "capitaux propres" ou "fonds propres" plus larges, sont préférées à celle plus étroite d'autofinancement 8 Il s'agit de la quatrième banque américaine et le fleuron de Wall street. ![]() doctrine précédente
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