La fiscalité verte en France (partie 1)
Article de doctrine publié le mardi 11 février 2003.
Rédigé par Eric Engle et classé dans le thème Fiscalité.
De quelle manière les avancées technologiques peuvent-elles influencer les théories et techniques fiscales du XXIème siècle ?
Parmi les effets de l'industrialisation mondiale, une problématique désormais incontournable est celle des effets de la pollution. Ainsi, il paraît essentiel de se questionner quant à la validité d'une politique fiscale qui tendrait à contrôler les risques posés par les diverses sources de pollution. La politique "adéquate" à mettre en avant serait-t-elle une politique d'intervention, de non-intervention, ou une alternance de méthodes interventionnistes et de celles prônant le laisser-faire ? À ses débuts, le débat portant sur une fiscalité liée à l'environnement posait le problème en ces termes : "La fiscalité peut-elle devenir l'instrument d'un choix écologique ?" (1) Ce mémoire cherche à amener des éléments de réponse quant à l'efficacité des instruments économiques pour la protection de l'environnement. Enfin, nous devrons considérer les conséquences de ces politiques d'une part sur l'environnement et d'autre part sur l'économie. Une question d'ordre instrumental, technique, en implique une deuxième sous-jacente : quelle justification idéologique soutient ces instruments ? I. Introduction"Au commencement était...l'impôt". Cette phrase illustre bien l'idée d'un impôt "démiurge" (3) - ayant des capacités illimitées : créer des emplois ici, redistribuer des richesses là - se trouvant au coeur de la théorie dite "libérale"(4) de l'impôt. La fiscalité "verte" sera définie dans cet exposé comme l'emploi de la fiscalité en tant qu'outil étatique, en vue d'une gestion politique de l'environnement. Cette fiscalité partage à la fois des principes de "droite" et de "gauche" ; la fiscalité "verte" va en tout cas employer des outils de fiscalité interventionniste. Pourtant, la fiscalité "verte" n'est pas seulement une fiscalité "rouge" déguisée, elle existe à part entière. Il est indiscutable que chacun préfère un environnement "dépollué" : les "verts" affirment que cela est possible - voilà leur défi. A. Origines Idéologiques :1. La "mythographie" liée à l'environnement"Les différentes catastrophes écologiques (Bhopal, Tchernobyl) ont fait prendre conscience de la dimension dramatique et internationale des problèmes d'environnement." (6) L'une des problématiques de la fiscalité "verte" est la médiatisation ; l'importance de l'outil médiatique afin d'exprimer les réalités écologiques n'est plus à démontrer. On peut même évoquer une certaine "sur-exposition" des problèmes, et évoquer le "théâtre d'une médiatisation sans précédent des problèmes inhérents à l'environnement." (7) En premier lieu, celui qui cherche à apréhender les réalités sociologiques afférentes à l'impôt(8) va être inévitablement amené à analyser certains mythes sociaux.
Les écologistes peuvent ainsi construire l'équation fiscale(10) suivante : la quantité croissante des déchets industriels amène une augmentation de la pollution, la destruction progressive des forêts - et met en danger l'oxygène vital, donc la vie. Formule simple, séduisante... 2. ÉcologismeLa politique des "verts" trouve dans les mouvements de protestation des années 60 et 70 certaines de ses sources d'inspiration. Le "New-Age" actuel - avec son principe "d'interconnection" entre les phénomènes naturels et humains - est également proche de la vision "verte" ; la responsabilité individuelle face aux enjeux globaux joue en effet un rôle prédominant dans la vision des "verts". 3. Action PolitiqueL'objectif des "verts" n'est pas d'obtenir le pouvoir, qui est porteur selon eux d'aliénation. Dans cette perspective, le pouvoir et sa hiérarchie sont considérés comme le problème même. Leur objectif principal est par contre de transformer le Politique et ses enjeux. 4. ContradictionsOn peut déceler quelques contradictions dans l'idée d'une "science" écologique de la gestion de l'environnement. Cela conduit au constat suivant : B. Perspectives économiquesLa recherche et la construction d'idéologies en tant que moyen de justification se trouve souvent au centre des débats politiques. Nous allons maintenant examiner brièvement les différentes théories économiques en liaison avec le Politique ; ceci va amener des nuances dans le clivage habituel : "gauche" / "droite", et nous permettre de mieux apréhender les techniques fiscales, à proprement parler. 1. Tendances de "Gauche"Il est préférable de parler de perspectives "vertes", plutôt que de se cantonner à une seule approche monolythique ; le risque est alors celui d'une simplification excessive, par le rejet d'idées théoriques pouvant s'avérer fertiles après examen. a.Perspective écologique i. Remise en question du concept de "progrès" (comme panacée) Cette perspective présente un point de rupture avec la pensée moderne(14) en s'opposant à un "progrès"(15) aveugle. Elle ne s'oppose pas nécessairement à la croissance(16) en soi, mais plutôt à une croissance sous-optimale. ii. Remise en question radicale du "marché" L'expression la plus extrême de la politique "verte" - et la plus contestée - consiste dans la remise en cause du concept de "marché". b. KeynesLa théorie néoclassique de l'interventionnisme, issue de la pensée de Keynes est largement rejetée à partir des chocs pétroliers de1973 et de 1979.(23) En fait, la fiscalité "verte" représente la possibilité d'un retour à l'interventionnisme gouvernemental : un "néokeynésianisme" fiscal, en quelque sorte. L'espoir de la théorie de Keynes(24) est la création d'emplois par une hausse temporaire de la masse monétaire. Keynes suppose qu'une démocratie peut freiner la pleine croissance et équilibrer les déficits (inflation et chômage élevé). Cela n'est pas le cas historiquement. Ainsi, du moins dans la démocratie, l'action anticyclique de Keynes ne peut être mise en oeuvre. La pression électorale est trop sérieuse pour permettre ce type d'actions freinant les "booms" du marché. D'autre part, l'inflation n'est pas neutre dans ses effets économiques ; elle détruit progressivement la confiance dans l'économie et cela conduit à la récession. L'inflation empêche aussi la formation du capital. Sur le plan de l'emploi, le "keynésianisme" représente un "miroir aux alouettes"(25) : tout en induisant des emplois à court terme, l'inflation créée à long terme mine la stabilité de l'économie. Utilisée pour répondre à la Grande Dépression des années 30,(26) cette théorie s'est révélée mal conçue pour répondre aux récessions chroniques. On peut dire en fin de compte que les problèmes qu'elle cherche à résoudre sont d'ordre conjoncturels, et non structurels.(27) Depuis les années 80, la croissance économique n'est pas la résultante d'une politique keynésienne ; les sociétés occidentales ont freiné l'inflation, réduisant ainsi les effets de la hausse des prix d'énergie de la crise pétrolière de 79. Sur le marché immobilier, cela a permis une stabilité des intérêts pour les emprunts, aussi bien que pour l'investissement. La création des emplois est venue plutôt d'une pensée opposée à celle de Keynes - la Théorie de l'offre. 2. Tendances de "droite"a.L'Homo économicus Le point commun aux différentes perspectives de "droite" se rattache à l'existence d'un homo economicus., rationnel, qui chercherait à maximiser ses gains et minimiser ses pertes. Cette présomption est certes contestable. (28) On peut également se questionner quant à la rationalité de cet homo economicus (29) ; en outre, sa maximisation de l'utilité(30) peut être très individuelle en dehors de toute évaluation économique.(31) i. École de Vienne (les ultra-libéraux) Les ultra-libéraux sont contre toute intervention étatique. Un individualisme radical est au fondement de leur pensée. Ils présupposent que les choix économiques sont rationnels et faits dans le cadre d'une concurrence libre. Ils s'opposent à la planification et à l'action collective car, selon eux, ces actes entravent la circulation de l'information, augmentent les coûts et briment les individus.(33) ii. École de Chicago Moins radicale et plus connue, l'École de Chicago domine la pensée économique américaine. Chez Hayek, par exemple, se trouve l'idée que chacun est motivé par le profit.(34) Opposition à Keynes L'école de Chicago soutient plusieurs éléments d'analyse incompatibles avec le "keynésianisme", notamment : 1) les comportements économiques s'expliquent par la théorie néoclassique des prix. Primauté du Marché Selon eux, le marché est considéré comme le meilleur régulateur et le plus efficace car les prix jouent le rôle de signaux qui permettent le calcul économique rationnel et l'affectation optimale des ressources en évitant les gaspillages. L'argent est considéré comme une unité d'information : Opposition à l'intervention étatique Cette École s'oppose à l'intervention étatique car la création(37) de monnaie(38) et la manipulation des taux d'intérêts seules(39) ne permettent pas de stimuler(40) la croissance économique.(41) "Les contrôles des salaires et des prix agissent dans le sens contraire de cet objectif (la lutte contre l'inflation). Ils provoquent des distorsions dans la structure des prix, ce qui réduit l'efficacité du système. La diminution de la production qui en résulte augmente les effets secondaires néfastes de la lutte contre l'inflation au lieu de les atténuer. Les contrôles des prix et des salaires gaspillent de la main d'oeuvre." (42) iii. École de Choix public "Dans une démocratie capitaliste, il y a essentiellement deux méthodes pour faire des choix sociaux : voter est la méthode typique pour élaborer des décisions politiques, et le mécanisme de marché, est utilisé de façon courante en économie."(43) Existe-t-il une voie démocratique permettant de passer de la préférence individuelle à un choix collectif rationnel en ce sens que les citoyens sont libres, ne sont pas victimes de pressions extérieures, et que personne ne peut imposer ses préférences aux autres ? (44) On pourrait trouver une partie de la pensée de l'École du choix public dans les tentatives de réponse affirmative à cette question. Le courant issu de l'école du "Public choice" se fonde sur trois hypothèses fondamentales. Tout d'abord, selon les auteurs qui s'en réclament, seuls les droits de propriété peuvent garantir au mieux le respect des droits des individus dans le cadre du marché. De plus, l'existence de défaillances dans l'allocation marchande ne justifie pas l'intervention publique, sauf dans quelques cas. C'est pourquoi il serait nécessaire de laisser les individus établir des "quasi-marchés" susceptibles d'aboutir à une situation optimale. Enfin, le marché est le véritable facteur de stabilité des systèmes sociaux."(49) La création des droits de propriété pour les biens de l'environnement formerait l'un de ces "quasi-marchés". Ainsi, la contradiction théorique entre la pensée écologique et la pensée néoclassique peut être résolue partiellement, sur le plan empirique. Nous allons détailler cela dans notre approche des mécanismes juridiques liés à la défense de l'environnement. iv. L'Économie de l'offre Cette théorie prône que "l'offre crée sa propre demande". Cette théorie semble bien s'appliquer au secteur de pointe comme celui des nouvelles technologies : l'économie est en partie dirigée par la création des nouvelles technologies , qui créent elles-mêmes leur propre marché. De plus, cette pensée a largement influencé la politique fiscale des années 80, et en ce sens, elle présente un intérêt particulier pour notre étude. "L'assertion de Laffer est la suivante : l'alourdissement de la pression fiscale n'entraîne pas nécessairement une augmentation des recettes de l'État. En effet, une fiscalité trop lourde modifie les prix relatifs des facteurs (travail et capital) ; elle perturbe dès lors le rythme de l'activité économique en pénalisant l'offre."(51) Ainsi, l'impôt, comme l'inflation, menacent la formation du capital qui est la source de la création de la richesse. "Le choix entre consommation et épargne est également fortement influencé par le niveau de la pression fiscale. Des taux d'imposition élevés risquent de modifier l'arbitrage que fait un ménage entre une consommation immédiate et l'épargne. Plus l'mpôt est élevé, plus le flux de revenus futurs tirés de l'épargne est faible. Dès lors, le ménage sera incité à consommer plutôt qu'à épargner." (52) Néanmoins la pensée de Laffer est empiriquement douteuse,(53) difficile à mesurer et à vérifier. En fin de compte, elle est rejetée, non pour sa faiblesse théorique, mais plutôt pour des raisons pratiques. "Leur théorie donne ainsi les justifications théoriques qu'attendait le mouvement de révolte anti-impôt qui, durant les années 1980, obtient des réductions fiscales dans les pays occidentaux...La perte d'influence des théoriciens de l'offre coïncidera avec les importants déficits fiscaux crées par les réductions des taux d'imposition." (54) 3. Conclusions théoriquesNous venons de voir que la pensée de "droite" - individualiste et capitaliste - s'oppose à la pensée de "gauche" - interventionniste et collectiviste - il semble impossible de relier la fiscalité écologique à la pensée économique dominante de notre ère ; en pratique, pourtant, cette pensée va être adoptée partiellement. II. Analyse Économique :A. Le statut juridique de l'environnement : un bien commun (à tous), mais approprié par quelques uns.Le droit romain a défini l'air et l'eau comme des biens communs, inappropriables ou appartenant à tous.(55) La source de la difficulté juridique est que cette conception est dépassée par deux mille années de changements technologiques. Nous allons maintenant considérer les problèmes inhérents à cet état de fait, et les solutions qui se présentent à nous aujourd'hui. tout d'abord, le problème majeur est l'impossibilité de la part des personnes privées d'affirmer des droits individuels sur un bien collectif. Personne n'est habilité à se plaindre de la dégradation d'une res nullius , res nullius et res communis.(56) Cette incapacité juridique d'agir découle en partie de l'absence de droits de propriété(57) - l'air et l'eau ne peuvent être saisis mais uniquement utilisés. Selon les théories néoclassiques, la résolution de cette difficulté se trouve dans le fait d'assigner des droits de propriété individuels sur l'environnement.(58) Il faut préciser que la solution néoclassique n'est qu'une possibilité. Une alternative "verte" dirait que l'environnement est un bien productif à part, ayant des caractéristiques spécifiques insaissables par l'économie néoclassique. Ainsi, la solution serait là une remise en cause des présuppositions de l'économie néoclassique. Mais pour ces deux perspectives, l'origine du problème se trouve dans le fait qu'un bien abondant s'est raréfié.(59) Cette perspective "verte" peut être distinguée des autres perspectives interventionistes ; la richesse est perçue là comme un processus dynamique de création - avec des conséquences sur l'environnement.(60) On peut préciser qu'elle se distingue là de la fiscalité "rouge" de redistribution. B. Problème des externalitésUne externalité est un prix de production qui n'est pas pris en compte par le marché.(61) La théorie néoclassique s'oppose à leur mise en application,(62) car les externalités mineraient pour elle les mécanismes du marché. Ainsi, par exemple, un commerçant cherchant à maximiser ses profits essaie de façon légitime d'externaliser la majorité de ses coûts. L'ensemble des techniques, comme la fiscalité, la règlementation ou le dédommagement font émerger le principe suivant : la notion de "pollueur-payeur". 1. CoaseLes analyses du conflit entre pollueur et citoyen peuvent prendre la forme du modèle "malfaiteur-victime". Une telle relation implique la notion de délit. a. Impertinence de la distribution initiale Selon Coase, s'il n'y a pas de coûts de transaction, la régulation du marché assure une répartition optimale des biens.(66) i. L'erreur du Coase - les défauts du marché La contradiction inhérente à la pensée de Coase est qu'il reste sur la présomption fausse suivante : une information parfaite avec peu de coûts de transaction. Cet échec aux signaux du marché est avoué par le marché lui- même ; ainsi, les entreprenneurs auront toujours la tentation d'externaliser leurs coûts afin de maximiser leur profit. L'allocation optimale, n'étant pas nécessairement réalisée par le marché,(69) les écotaxes sont censées corriger les "défauts du marché". Ceux-ci sont souvent le résultat, soit des externalités, soit de l'existence de biens publics, soit enfin d'un manque d'information afférent au prix optimal d'un bien.(70) 2. "Optimalité de Pareto"Le Pareto optimum se définit "comme une situation dans laquelle nulle personne ne peut améliorer son utilité sans entraîner la diminution de celle d'une autre" (71) - ou, avec moins d'exactitude, lorsque tous les individus préfèrent un état donné de la société alors on se trouve dans un état optimal.(72) "Pour revenir à l'optimalité, il faut balancer les coûts marginaux de dédommagement avec les coûts marginaux d'endommagement. Lorsque les coûts individuels ne peuvent pas être déterminés (échec de l'analyse des coûts, à défaut d'information), des normes doivent être mises en oeuvre. Ainsi le coût est quasi-optimal lorsque chaque pollueur a le même coût marginal de dédommagement."(74) a. Dédommagement en fonction d'optimalité Selon une perspective néoclassique, les dédommagements doivent être faits selon l'optimalité.(75) Ainsi : "[Pigou] fixe un seuil optimal de pollution au-delà duquel il n'est plus rentable de produire, dans la mesure où le coût marginal de la pollution est supérieur au bénéfice marginal net. En deçà de ce seuil, la taxe est compensée par le versement de subventions venant indemniser la perte de bénéfice."(76) b. L'impossiblité de l'optimalité de Pareto i. L'optimalité de Pareto présuppose des biens divisibles, homogènes et fongibles.(77) Or, l'air ne peut être divisé, ni un fleuve ou l'océan ; leur évaluation économique est de ce fait problématique. L'"optimalité de Pareto" présuppose une distribution initiale juste. Coase, quant à lui, affirme que cette distribution initiale n'est pas pertinente et que le marché retrouverait lui même le point optimal de pollution, grâce aux échanges. Mais il ignore là l'existence des défauts de marché. Selon une perspective interventionniste, les cycles économiques et le mouvement du capital vers les monopoles posent aussi des problèmes. Enfin, on peut dire que l'évaluation des valeurs de l'environnement, de son endommagement est très complexe, voire problématique. En effet, il est très difficile de mesurer le coût social d'un dommage porté à l'environnement.(78) Il est également difficile, voire impossible, d'identifier toutes les victimes. Il est enfin peu aisé d'évaluer l'endommagement, qui peut être de minimis, ou indéterminable. Cette évaluation problématique est rendue plus complexe par la distinction entre "valeur usage" et "valeur échange"(79) - également par le fait que les biens de l'environnement (l'air, l'eau, la terre) ne sont pas (encore) présents sur le marché.(80) On peut distinguer trois modèles en ce qui concerne l'évaluation, fondée sur des présomptions néoclassiques : chacune de ces méthodologies est pertinente mais pose problème empiriquemen.(81) Évaluation contingente : (82) Celle-ci demande a priori au consommateur d'évaluer le montant de ce qu'il paierait ou demanderait en cas de dommage. Ainsi, elle est totalement spéculative, donc incertaine et prédictive. Évaluation hédoniste (83) Elle demande au consommateur, alors qu'un endommagement vient d'avoir lieu, à combien il estime le coût du dommage. On examine alors soit comparativement la même valeur avant et après l'endommagement, soit des propriétés similaires, non endommagées. Cette évaluation se fait à posteriori.Méthode physique (84) Cette méthode cherche à établir un lien causal entre l'endommagement et la valeur du bien considéré. C'est la plus difficile à démontrer, mais aussi la plus sûre.ii. La nature ne réagit pas selon l'économie.(85) Le dernier problème inhérent à "l'optimalité de Pareto" est que la nature agit indépendamment des forces et des lois du marché. C. Privatisation de l'environnementL'une des solutions proposées face au dépassement technologique de la classification du droit romain de la propriété est l'idée de privatiser l'environnement(87) ; il s'agit là de la création de titres transférables, autorisant à polluer. Bien que l'idée de protéger l'environnement par des instruments économiques puisse selon nous s'avérer contestable, on trouve néanmoins un marché "vert" : certains détaillants comme "Body Shop" ou "Bjorg". D'autres proposent des services ou des outils d'assainissement ou de recyclage ; on peut citer également l'écotourisme, sans compter la recherche et le développement servant ce marché "vert". Cette conscience "verte" conduit à une influence sur la politique d'entreprise. Comme nous l'avons déjà constaté, aucun agent économique ne veut être perçu comme polluant. Ainsi, Rhône Poulenc est sponsor de l'émission télévisée "écologique" Ushuaïa. L'industrie et l'État cherchent de même à être écologiquement corrects. Néanmoins, l'État, comme l'industrie, donnent leur préférence au développement économique. Le défi est de combiner ces deux objectifs. III. Mécanismes juridiques destinés à la mise en oeuvre d'une politique "verte"En résumé, les différentes formes d'intervention financière des pouvoirs publics en faveur de l'environnement sont les suivantes : 1. Dépenses publiques Notre questionnement va porter sur les points suivants : quel est le meilleur système de protection de l'environnement, quels mécanismes sont les mieux adaptés pour le servir, et, enfin, quel est l'avenir de la fiscalité "verte" ? Pour repondre à ces questions, nous allons considérer ces différents mécanismes à l'aide de la typologie suivante : règlementation, taxes, aides financières, et, enfin, permis négociables. A. RèglementationLa réponse historiquement favorisée pour gérer l'environnement était le règlementation.(91) Dans certains cas, cette méthode peut s'avérer très efficace. En d'autres, cela aboutit à davantage de complexité, et à des résultats faibles. 1.- L'interdictionQui consiste tout simplement à interdire une activité quelconque. 2.- La mise en place de labels de garantieCette approche cherche à profiter de la popularité de produits écologiques. Elle consiste à établir une étiquette garantissant que le produit est sain(92) (par exemple : Écocert, AB France). Cette étiquette peut être proposée par l'État (Allemagne) ou par les commerçants eux- mêmes (États-Unis). Ce type d'approche peut aussi être utlisée afin d'indiquer les produits "malsains" pour la santé - obligation d'écrire le détail des ingrédients, avec la présence de maïs transgénique par exemple. La critique que nous émettons vis à vis des politiques seulement réglementaires est que leur coût est élevé, pour une efficacité faible. Pourtant, la création de labels de garantie ne souffre pas de ce problème. B. TaxesOn définit les écotaxes de la manière suivante : Ainsi, la législation belge définit comme écotaxe : L'École de choix publique postule que la contrôle de l'environnement par la fiscalité est plus efficace que la règlementation.(95) En effet, les impositions permettent plus de flexibilité et moins de distorsions du marché. D'ailleurs, parmi les impositions, les impôts directs sont moins distorsionnaires.(96) Les différentes impositions sont les suivantes :1. RedevancesUne redevance est une taxe perçue sur chaque unité de pollution.(97) Ses fonctions peuvent être les suivantes : - L'incitation économique par différenciation des prix. Le redevance augmente le prix d'un bien. Si cette augmentation vise à internaliser les coûts de production, la redevance n'est pas distorsionnaire. Par contre, si la redevance augmente le prix du bien au delà de ces externalités, la redevance le devient. Ainsi, les écotaxes peuvent être critiquées comme allant "trop loin" dans la recherche à matière imposable. L'incertitude de la valeur de l'environnement crée la possibilité de mettre toujours en question la redevance : si elle réussit à internaliser, ou bien si elle est distorsionnaire. - La redistribution économique. - L'incitation à la formation de capital. Les redevances peuvent être classifiées de la manière suivante : a. Les redevances de déversement b. Les redevances pour services rendus c. Les redevances sur produit d. Les redevances administratives 2. Consignation (recyclage)Un crédit est versé aux entreprises qui font du recyclage - ce crédit peut servir à réduire leurs impôts. 3. Péages et droits d'entréePar exemple, certaines villes limitent ou interdisent l'accès au centre ville pendant certaines heures, afin de réduire la pollution sonore et celle de l'air.(99) 4. Taxes parafiscalesOn peut citer la taxe sur les papiers et les cartons, et la taxe sur les nuisances causées par les aéroports(100) - les projets existant sont locaux. Ce type de taxe se trouve souvent en fiscalité "verte". "Le caractère dérogatoire de la fiscalité de l'environnement s'exprime souvent par le recours à un type d'impôts de caractère particulier, taxe parafiscale ou quasifiscale."(101) En effet, la plupart des initiatives "vertes" fiscales déjà mises en oeuvre sont de nature locale, plutôt que nationale ou internationale. C. Aides financièresLes aides financières sont établies selon trois stratégies : - Taxer les externalités jugées négatives, et subventionner les incitations jugés positives. Parmi les aides financières, on peut distinguer : 1. - les subventionsSelon l'École de choix publique, les subventions sont considérées comme distorsion du marché. Ainsi, cette technique figure parmi d'autres au sein d'une économie interventionniste. La subvention totale se définit selon la formule suivante : S = s(Q-M) où S = subvention totale, s = subvention par unité de non pollution, Q= le niveau de pollution en dessous duquel est versée la subvention, et M= le niveau de pollution de la firme après l'effort de dépollution.(102) Hormis l'éventualité de distorsion du marché, les subventions posent aussi un autre problème ; elles risquent d'avoir l'effet pervers d'inciter de nouveaux entrants au marché pour bénéficier des subventions.(103) On peut citer des subventions pour ce type de projets : installations pour l'économie d'énergie de panneaux solaires, de pompes de chaleur, etc...en Allemagne.(104) On peut également citer plus indirectement le télétravail comme moyen notamment de réduction des déplacements en ville et ainsi de la pollution.(105) 2. - les prêts à taux réduitL'emprunt(106) à taux réduit est une subvention indirecte par le fait qu'elle est une exonération d'intérêts - qui seraient autrement dûs. Elles sont vues commes distorsionnaires par l'École du choix publique, car sont issues d'une fiscalité interventionniste. 3. - les allègements fiscauxLes allègements fiscaux sont en fait des subventions indirectes. Ils consistent soit à des exonérations de l'assiette, soit à des crédits pour réduire l'impôt dû. D. Instruments économiquesNous avons vu que la solution néoclassique - face aux externalités - consisterait à internaliser les coûts de production. L'une des façons d'internaliser les coûts externes consiste "à créer des marchés de droit de propriété sur les milieux naturels" (Dale 68). Dans ce système, des droits à polluer sont créés puis vendus. Chaque acquéreur d'un droit peut émettre une quantité de pollution qui doit être égale à son bon. Aucun n'a le droit de polluer s'il ne possède pas ce droit. La quantité de pollution est décidée par l'État et en cas de dépassement, la dépollution s'impose."(107) 1. Typologie des instruments économiquesEn premier lieu, un instrument économique est une créance, souvent négociable, qui donne droit à l'usage d'une ressource de l'environnement. Les instruments économiques ne sont pas nouveaux : "Depuis une décennie, les pays de l'OCDE ont davantage recours à ce qu'il est convenu d'appeler les " instruments économiques ".(109) Le changement consiste en leur application de façon concertée, afin d'agir radicalement contre la pollution. L'un des avantages des instruments économiques est qu'ils mettent l'intérêt privé au service de l'intérêt général.(110) Par ailleurs, ils peuvent favoriser une certaine décentralisation des décisions. - les charges de l'environnement Comme les charges et les cautions ont déjà été considérées plus haut (taxes), nous allons examiner ci-dessous les permis négociables et certaines innovations économiques en liaison avec une fiscalité de l'environnement. Nous allons voir que ces mécanismes sont suffisament développés pour être appliqués en pratique ; de plus, leur diversité peut permettre l'élaboration d'une fiscalité de l'environnement nuancée, selon la théorie économique adoptée. a. Permis négociables L'idée maîtresse des permis négociables est de permettre aux forces du marché d'internaliser les coûts de pollution afin d'augmenter leur propre efficacité. b. Difficultés de la mise en oeuvre pratique Malgré cette simplicité théorique, les permis négociables ont été difficilement mis en oeuvre, en pratique.(113) Le problème de ces permis est qu'ils exigent une " fluidité " du marché afin d'être optimisés(114) ; les coûts de transaction sont élevés (30% de la transaction) ; on trouve en outre peu d'offreurs et les législations les concernant changent souvent. Les difficultés inhérentes au marché - sans évoquer celles de la politique internationale - limitent l'emploi des permis négociables au niveau national et régional.(115) Ces problèmes peuvent bien sûr n'être que passagers, dûs à la jeunesse de l'outil sur le terrain. Cependant, aux États Unis, les industries soumises à un régime de permis négociables n'ont toujours pas réussi en pratique à ne pas dépasser les limites établies par le "Clean Air Act" ("Loi de l'Air Propre"). Quant aux permis, les industries ne voulaient pas les vendre (par conservatisme), et les particuliers ne pouvaient pas les acheter, à cause de leur prix ! Cependant, ces problèmes sont inévitables face aux mécanismes du marché ; ils révèlent en tout cas l'échec, en tout cas pour l'instant, de l'idée d'une régulation par le marché lui-même. c. Innovations Cependant, le constat n'est pas totalement négatif dans d'autres domaines ; nous allons maintenant considérer quelques cas de réussites "vertes" : i. Banque de l'eau Un exemple intéressant de l'emploi des mécanismes du marché pour mettre en oeuvre une fiscalité de l'environnement est la "banque de l'eau" en Californie. Ce projet a généré 3471 emplois et a eu un profit de 106 millions de dollars dû à l'augmentation de l'efficacité de la distribution d'une ressource qui est là rare, précieuse - le sud de la Californie est un désert.(116) ii. Banque de l'environnement La fiscalité "verte" se trouve le plus souvent au niveau des États fédérés. Ainsi, le Minnesota a mis en oeuvre une fiscalité sensible aux enjeux de l'environnement. Les recettes des impositions sur le CO2 sont affectées à une banque qui finance des projets "verts". 2. Choix de l'instrumentAu bout du compte, quel mécanisme est à privilégier : l'impôt ou les instruments économiques? Il serait erroné de s'en tenir à un choix exclusif : ces deux types de mécanismes se renforcent mutuellement.(117) En fait, un emploi équilibré des instruments économiques, des régulations, et de la circulation de l'information augmente l'efficacité d'une politique de l'environnement.(118) On peut ajouter que le choix du mécanisme dépend de l'incidence que ce choix sera supposé avoir respectivement sur l'environnement et sur l'économie. De plus, ces deux derniers peuvent s'opposer radicalement dans l'objectif d'une politique de l'environnement.(119) E. Comment mettre en oeuvre les mécanismes d'une fiscalité "verte"?On peut dire de façon simplifiée que le défi de la fiscalité "verte" semble être sa mise en oeuvre pratique tout en connaissant ses propres limites. Les coûts administratifs d'une telle politique seront réduits car elle se surimpose au système fiscal existant.(123) Une assiette bien précise, limitée aux biens ayant des substitutions - i.e là où la demande est élastique - permet d'anticiper sur les distorsions du marché.(124) De plus, le choix du moment adéquat dans le cycle de production peut faciliter l'imposition.(125) F. La fiscalité "verte" comme un exemple de "mimétisme fiscal"Selon la théorie de l'École de "choix public", l'impôt, à l'instar de tout service public est un produit. Celui-ci est composé d'un taux et d'une masse imposables assurant certains services ; de plus, il faut ajouter la concurrence fiscale parmi les États dans le but d'attirer le capital et d'augmenter les recettes nationales. L'exemple de la fiscalité "verte" se conforme aux hypothèses de cette théorie. Initialement, cette fiscalité se limitait aux pays scandinaves : (politiques interventionnistes, et économies performantes - grâce, notamment, à la neutralité en temps de guerre). Ce mémoire se prolonge dans un second article publié sur ce même site. Cet article en deux parties est extrait d'un mémoire comportant notes, bibliographie, table des matières et autres annexes. Vous pouvez télécharger le mémoire en texte intégral sur cette page. ![]() |
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