La fiscalité verte en France (partie 2)
Article de doctrine publié le mardi 11 février 2003.
Rédigé par Eric Engle et classé dans le thème Fiscalité.
IV. La Fiscalité "verte" en pratiqueA. Au niveau mondialEn termes d'analyse politique - et probablement juridique(130) - le niveau mondial englobe tous les autres. 1. Monisme, dualisme, ou pluralisme?La question qui se pose à nous est la suivante : le niveau international est-il supérieur au niveau national quand on considère la hiérarchie des normes? Les éléments de réponse sont intrinsèquement liés au choix d'une perspective soit moniste (un seul droit), soit dualiste (deux systèmes de droit : niveau national et international), soit, enfin, pluraliste (plusieurs sources de droit). 2.Hiérarchie des normesLa question précédente soulève une autre question essentielle : la validité (ou pas) d'une hiérarchie des normes juridiques. Il reste à ajouter qu'amener des éléments de réponse à cette question - issue de la théorie du droit - peut aider dans la résolution de l'autre question (monisme, dualisme ou pluralisme). 3. Pratique de la fiscalité "verte" - niveau international -Même si ces questions constituent la trame de notre recherche, notre perspective pour l'instant est davantage d'ordre pratique. Ainsi, il est clair que la mise en oeuvre d'une fiscalité écologique - à l'écoute des différents intérêts en jeu - nécessite aujourd'hui une coopération internationale. Cette nécessité est le résultat de l'interdépendance économique mondiale.(131) Face à cela, la seule possibilité de mise en oeuvre d'une politique "verte" semble être les conventions internationales. Malheureusement, les accords existants sont simplement des incitations politiques, sans valeur juridique. En effet, la peur des effets économiques négatifs empêche de considérer le problème clairement : les pays pollueurs industrialisés ne veulent pas réduire leur compétitivité, et les pays du "Sud", relativement non pollueurs, cherchent leur propre voie vers l'industrialisation ; tout cela conduit à un cercle vicieux où l'immobilisme (teinté de quelques actes anecdotiques) semble être l'attitude la moins coûteuse - et la moins gênante. 4. Les accords internationaux - Sommet de Rio -Les conventions de l'ONU portant sur l'environnement sont d'ordre politique et solennelle ; de ce fait, elles ne vont pas avoir d'influence conséquente sur l'état de l'environnement sans une réelle volonté concertée de la part des pays pollueurs. Ainsi : On peut citer notamment l'accord de Kyoto qui demande aux États industrialisés - au plus tard en 2012 - de réduire leurs émissions toxiques au dessous du niveau de 1990. L'enjeu est de taille, mais est très difficile à réaliser(133) - ceci n'est pas sans rappeler l'expérience américaine du " clean air Act ", où les prévisions trop ambitieuses n'ont pu être atteintes. a. La problématique "Nord / Sud" De fait, une partie du problème réside dans la relation faussée entre "pollution" et "développement". Les pays sous-industrialisés ont tendance à associer indirectement la pollution (l'un des effets de l'industrialisation) avec le progrès et la prospérité. En outre, la fragilité de leurs économies amène une difficulté supplémentaire rendant ardus le contrôle et la réduction de leurs émissions toxiques.(134) Pourtant, il semble que le développement porte aussi la solution à ce problème - des politiques éducatives peuvent également apporter des éléments de réponse. 5. Hypothèses conclusivesL'inadéquation du concept de "souveraineté" fait que les réformes "vertes" sont vouées à se cantonner au niveau national ou régional. De plus, les normes existantes ne sont pas vraiment obligatoires, et ne vont pas le devenir car elles se situent a contrario de l'idée de "développement". Cela n'indique pas que les initiatives locales ne seront pas efficaces. Mais leur éfficacité va être limitée aux problèmes de sol et du nappe phréatique, plutôt que les océans, l'ozone, le forêt tropicale, et l'air, éléments d'environnement qui ne conforme pas au modèle médievale de la souveraineté. Quant aux pays "exportateurs" de produits polluants amenant leurs déchets à l'étranger, ils sont un exemple, au niveau national, du problème déjà existant entre certaines entreprises et la communauté locale. Cette situation ne changera pas sans normes obligatoires légitimes au niveau international, voire mondial - même si pour l'instant cela semble irréalisable. B. Niveau international/ européenPar contre, le projet d'une Europe fédérale - encore à l'état d'esquisse - offrirait la possibilité d'un cadre adéquat pour la mise en oeuvre d'une politique efficace ; les pays seraient alors en mesure de faire des accords multilatéraux, tout en considérant deux facteurs : le niveau géographique de l'externalité et le lien entre l'externalité et la production, ou la consommation. Même si la mise en oeuvre d'un droit communautaire de l'environnement est envisageable, on peut souligner la nécessité, tout d'abord, de la mise en place d'un vrai fédéralisme. Pour l'instant, un tel développement est bloqué par des tendances de repli - voire intégristes - en réaction au chômage et à la précarité socio-économique. Selon nous, ces tendances ne vont pas empêcher le fédéralisme, mais peuvent freiner son développement. C. Niveau national - La fiscalité "verte" en France -En considérant la faiblesse des accords internationaux manquant de force pratique, nous pouvons avancer qu'en principe les États auraient la force d'effectuer leur propre bilan environnemental. Mais, en pratique, en auront-ils également la volonté? La France présente un exemple intéressant pour la fiscalité "verte", si l'on considère qu'elle est en train d'effectuer une réforme sur sa fiscalité de l'environnement. Pourtant, cette réforme nous semble être superficielle, et l'on peut douter de son efficacité pratique. Néanmoins, elle présente au moins la possibilité d'une application de la fiscalité afin de permettre un assainissement relatif de l'environnement. On peut noter un certain hiatus entre volonté et propagande politique ; ceci a pour conséquence que les commentaires sur la fiscalité française de l'environnement sont très contrastés. En revanche, Michel Prieur pense que : A l'aide d'une analyse nuancée, ces estimations peuvent mieux se concilier. La France dispose d'un petit nombre d'outils qui vont servir de base à l'instauration d'une politique de l'environnement. Mais ces outils ne sont pas suffisants pour réduire les émissions de CO2 ("effet de serre") et sont par conséquent loin de résoudre les problèmes en jeu, d'ordre global. Même si l'on peut constater une certaine contradiction au niveau des analyses, l'observation des faits est néanmoins toujours possible. Un constat surprenant est le fait que les écotaxes sont perçues comme légitimes, contrairement aux autres types d'imposition, plus critiquées. Ainsi : 1. Les mécanismes du système fiscal français liés à l'écologieEn principe, on définit les instruments fiscaux suivants afin d'instaurer une sauvegarde de l'environnement et d'assurer l'internalisation de tout coût de production : les déductions d'impôt, les exonérations d'impôt, et l'amortissement accéléré. Chacune de ces techniques se rapporte à un ou plusieurs des grands impôts français - l'Impôt sur le Revenu (IR), l'Impôt sur les Sociétés (IS), la Taxe sur la Valeur Ajouté (TVA), et l'Impôt de la Solidarité sur la Fortune (ISF). 2. L'avenir de la fiscalité "verte" française(142)a. Le projet de Loi 1998 La conjoncture politique actuelle de la France montre une alliance entre les partis de "gauche" favorable à la tendance "verte". b. Propositions diverses À l'instar des grandes capitales, la qualité de l'air à Paris est mauvaise.(144) Heureusement, ce type d'émissions polluantes peut être réduit par la dépollution(145) et également, plus indirectement, par le télétravail. Ainsi, des propositions ont été faites afin de réduire le nombre de voitures : encourager les voitures "propres" électriques,(146) augmenter le coût de stationnement, surtaxer l'essence ou même augmenter la vignette.(147) D. Niveau régionalEn fait, c'est au niveau régional / local que la plupart des initiatives "vertes" ont été mises en oeuvre. Par exemple, en Espagne, en Irlande ou aux États Unis, la majorité des innovations réussies dans l'emploi d'instruments financiers afin de contrôler la pollution (notamment les programmes de recyclages mais aussi les mesures de parafiscalité) On peut avancer que la politique "verte" à l'échelle nationale et internationale est le résultat de la réussite de ces initiatives locales. Ainsi, bien que nous soyons pessimiste quant aux réelles possibilités de coordination internationale, des efforts locaux peuvent néanmoins sensibiliser l'opinion et, par "ricochet" en quelque sorte, avoir des conséquences à un niveau plus vaste. En fait, ceci serait une vérification de la théorie "verte" de changement systémique au niveau global par la transformation des paradigmes individuels (i.e l'interconnection du local et du global). E. Question de fédéralismeComme nous venons de le voir, la fiscalité "verte" s'appuie principalement sur les collectivités locales et régionales : ainsi, on peut supposer que pour une telle politique, davantage de possibilités se présenteraient dans un contexte fédéral. Par conséquent, dans cette perspective, il serait intéressant d'examiner la fiscalité de l'environnement à l'intérieur des États fédérés. V. Analyse de la politique fiscale de l'environnementLe premier constat est l'inséparabilité des politiques économiques et écologiques. Ainsi, une étude classique sur l'impôt (au cours du XXème siècle) devra considérer le facteur économique et ses incidences sur la fiscalité - et vice versa. A. Les outils analytiques traditionnelsTraditionnellement, l'analyse de l'impôt comporte trois indicateurs : l'assiette, le rendement et le taux (perspective économique). On peut aussi analyser l'impôt selon une autre perspective d'ordre chronologique : redevables, fait générateur, et recouvrement. 1. Assiette On peut affirmer que l'une des particularités essentielles de la fiscalité "verte" est son assiette. On peut trouver une corrélation entre l'assiette et une activité économique défavorisée.(150) En fait, l'activité doit permettre la substitution de biens défavorisés en biens favorisés.(151) Ainsi, cette assiette est souvent assise ad valorem, et non selon un revenu ou un capital.(152) Certains prélèvements ont des contreparties, directes ou indirectes, pour les services d'État. Cependant, la plupart des impositions "vertes" - et plus particulièrement les écotaxes sur le CO2 - sont assises sur la consommation d'un bien. Ainsi, la taxe n'est pas nécessairement liée directement à l'achat, mais plutôt à la chose consommée. Ceci devient plus clair dans le cas de l'imposition sur les émissions de CO2 ; certains types de carbone, moins polluants que d'autres, font que l'impôt peut être plus élevé sur une consommation faible de carbone très "sale" que de carbone plus "propre".(153) Comme l'assiette correspond à la pollution émise par la consommation d'un bien, il serait possible de contester un tel impôt comme étant contraire au principe de contribution. Pourtant, la consommation d'un bien implique une certaine capacité contributive. 2. Taux Le taux des écotaxes semble être universellement proportionnel. 3. Rendement Une autre caractéristique particulière des écotaxes est le fait qu'elles sont souvent en quelque sorte "autodestructrices" ; elles vont souvent aboutir à une diminution de l'activité sur laquelle l'impôt est assis ; la complexité et la distorsion introduites à court terme par les écotaxes peuvent éventuellement disparaître - y compris les recettes de telles impositions. 4. Redevables Les redevables d'impôt peuvent être - à l'instar de n'importe quel impôt - des personnes physiques ou des personnes morales. 5. Fait générateur et recouvrement Un autre caractère particulier des écotaxes est que leur fait générateur n'est pas nécessairement l'achat du bien, mais plutôt sa consommation.(154) Dans le cas des cautions remboursables sur les déchets, le recouvrement arrive à l'instant de la décision de consommer sans avoir recours au recyclage. 6. Affectation des recettes On voit dans la fiscalité "verte" un principe d'affectation des recettes des écotaxes aux programmes de l'environnement - notamment grâce à des subventions. (155) "A cause du principe de l'universalité budgétaire, les ressources publiques et notamment les produits fiscaux doivent assurer indifféremment le financement de toutes les charges d'intérêt général. La fiscalité de l'environnement présente un caractère particulier dans la mesure où, au contraire, elle met très souvent en avant le principe de l'affectation des ressources." (156) Paradoxalement, ce principe est cohérent avec la pensée de l'École du choix public. Afin de tendre vers une transparence de l'économie politique, cette pensée affirme que l'affectation de chaque impôt doit être indiquée comme proposition de loi, plutôt que mise dans un fond commun. Cette règle est contraire au droit fiscal français - la seule exception à la règle de non-affectation est l'ISF qui paie le RMI. L'intérêt général pourrait être mieux servi par une affectation directe des ressources. La fiscalité "verte" - de même que l'École du choix public - est une remise en cause du principe du droit fiscal français de non-affectation des recettes fiscales. La question d'affectation peut soulever aussi celle du fédéralisme. Par exemple, en Belgique, les recettes sont prélevées par le gouvernement fédéral, mais affectées aux régions. B. IncidenceNotre analyse de l'incidence des politiques d'environnement est rendue complexe par la nécessité des outils économiques analytiques et de leur modélisation, afin de déterminer l'incidence des politiques fiscales de l'environnement. 1. Efficience L'efficience est un concept utilisé afin de considérer l'incidence (faible ou forte) d'un impôt. "Le concept d'efficience, au sens fiscal, dans lequel les taxes sont introduites pour générer des fonds et avoir une incidence aussi faible que possible sur les modes de production ou de consommation, contraste avec celui utilisé dans le cadre de la politique d'environnement, où l'objectif premier est d'inciter les contribuables à modifier leur comportement au moindre coût économique afin d'atteindre les objectifs de l'environnement. D'un point de vue fiscal, pour être efficient un système fiscal doit générer les fonds souhaités en modifiant aussi peu que possible les prix relatifs et donc en créant le minimum de distorsions du marché.(...) Cela suppose cependant que les marchés fonctionnent parfaitement - c'est à dire que tous les coûts et avantages sont internalisés. (...)En assignant un prix à l'environnement et en amoindrissant ce faisant les distorsions du marché, les écotaxes ne se contentent pas de réduire les externalités, elles accroissent également l'efficience économique."(157) b. Efficience sur l'environnement L'expérience a montré qu'une écotaxe influence la décision d'achat - ce qui est peu étonnant selon la pensée néoclassique.(158) 2. Neutralité On peut dire que la neutralité économique n'est pas synonyme de neutralité des recettes.(159) a. Neutralité économique On trouve la justification de la neutralité économique au niveau de l'École "néoclassique". Dans cette perspective, l'économie joue un rôle autorégulateur privilégié. Ainsi, les obstacles au bon fonctionnement de ce mécanisme - par exemple, les externalités, mais aussi les interventions - doivent être corrigées. Un impôt est "neutre" lorsqu'il n'entraîne pas de distorsions au niveau des décisions du marché. La fiscalité "verte" - en introduisant des distorsions volontaires comme par exemple le développement des outils d'assainissement - est contraire à ce principe. On peut néanmoins justifier cette intervention par le fait qu'elle est nécessaire afin d'internaliser les externalités. Une fiscalité "verte" neutre quant aux recettes, et peu distorsionnaire est envisageable associée avec d'autres réformes - comme la réduction du CSG ou la réduction des taux marginaux de l'IR ou l'impôt sur le capital. b. Neutralité des recettes La neutralité des recettes est également une idée associée aux Néoclassiques. D'un point de vue politique, il est plus facile de mettre en place une imposition - qui est un revenu neutre - car ce cas ne serait pas assimilé à une hausse d'impôt. 3. Élasticité "L'élasticité représente la sensibilité de la demande à une variation des prix."(160) "Généralement, un niveau de taxation donné entraîne une baisse plus forte à long terme qu'à court terme des échanges du produit concerné. En effet, à long terme, les utilisateurs du produit ont davantage de possibilités de trouver des produits de remplacement, de modifier leurs modes de comportement, etc. Parallèlement, les producteurs ont plus de temps pour mettre au point d'autres produits qui ne sont pas frappés par la taxe"(161) Le principe d'élasticité est central pour notre compréhension de l'incidence d'une politique fiscale respectivement sur l'économie et sur l'environnement. L'élasticité est importante car elle indique la probabilité de substitution des biens ; celle-ci peut ainsi résulter d'une nouvelle imposition - comme l'écotaxe. Après une nouvelle imposition, les marchés vont retrouver leur équilibre à plus ou moins long terme ; ainsi, une taxe sur le carbone doit être considérée comme un projet à long terme. Ceci souligne encore la nécessité d'une introduction graduée des écotaxes - afin d'éviter les distorsions. 4. ModélisationL'utilisation de modèles informatiques peut simuler l'action économique et ainsi prévoir les effets d'une politique économique donnée.(162) Cependant, il est à ajouter que ces prévisions doivent être considérées d'un oeil très critique, avec prudence.(163) En ce qui concerne l'incidence sur l'emploi : "Les simulations [modélisations informatiques] effectuées pour déterminer la réalité d'un " double dividende " donnent des résultats mitigés. L'effet positif sur l'emploi, lorsqu'il existe, paraît faible de sorte que cette approche n'est pas considérée en général comme susceptible d'apporter une solution structurelle à long terme au problème du chômage".(164) a. Incidence sur l'économie : étude de cas Le lecteur ne sera pas étonné du mauvais résultat produit par une hausse du prix de l'énergie suite à une taxe de 50% : Le premier constat d'une telle hausse est que les effets semblent assez désastreux et peuvent globalement être résumés de la façon suivante : Plus précisément, une telle hausse du prix de l'énergie aurait les effets suivants, lors de la première année : Italie Royaume Uni Allemagne Source : Beaumais, Olivier. Politiques de l'Environnement et Modèlisation Macroéconomique, Mémoire de DEA, Paris I (Directeur : P. Zagame) (1990). Pages 73-75. On peut aussi expliquer les mauvais résultats pour l'économie de cette modélisation par le fait qu'elle vise l'instauration brusque d'une écotaxe très élevée plutôt qu'une introduction progressive dans le temps. La question en fait est mal posée et est irréaliste. Autre possibilité : la remise en cause d'une modélisation informatisée - son objet à l'origine n'étant pas la mesure de la pollution. D'autre part, on peut ajouter que ce modèle montre indirectement la nécessité pour les pays occidentaux de retrouver leur autonomie énergétique en faisant appel à des sources alternatives. Ainsi, certains pays ont créé des installations alternatives adaptées à leur situation géographique spécifique : énergie nucléaire (la France), énergie solaire (le sud-ouest des États-Unis),(166) énergie géothermale (Islande), énergie hydroéléctrique (Québec). b. Étude de Cas : Quel effet aurait une augmentation de 3 à 10 dollars du baril de pétrole? Une autre étude de cas sur l'écotaxe,(167) plus réaliste, se fait à partir de la présomption d'une hausse au début de 3 dollars. (Les résultats, plus réalistes et moins contradictoires que l'étude de cas précédente sont résumés dans l'annexe). 5. Incidence sur les échanges Dans le domaine de la fiscalité, les taxes sur l'environnement et les biens immobiliers sont les moins distorsionnaires - et sont ainsi plus efficaces, d'un point de vue néoclassique. Par contre, les contributions directes et les taxes sur les investissements sont les plus distorsionnaires - et sont ainsi moins efficaces d'un point de vue néoclassique.(168) i. Sur la compétitivité On peut noter que l'incidence des écotaxes sur la compétitivité(169) peut être minimalisée par une restructuration d'autres impositions : "L'incidence d'une écotaxe sur la compétitivité d'un pays dépend en partie de l'utilisation des recettes. On a ainsi estimé que le PIB réel des États-Unis progresserait si l'on affectait les recettes d'une taxe sur le carbone à la réduction des taux d'imposition marginaux sur le revenu du capital."(170) ii. Fuite des entreprises vers des " paradis pollueurs "? Par exemple, les Iles Canaries, l'île Helgolan et les DOM-TOM sont exemptes de l'écotaxe sur le carbone(171) ; cependant, ce risque des "paradis pollueurs" semble exagéré(172) : "(...) les informations que l'on possède sur les décisions d'implantation ne permettent pas de conclure que les différences entre les normes d'environnement provoqueraient la migration des industries ou l'apparition de paradis des pollueurs...[Adams, (1997)]".(173) iii. Concurrence Il ne s'agit pas ici de la compétitivité économique d'un pays ou d'une entreprise, mais plutôt de l'emploi des lois en tant qu'outils anticoncurrentiels. Les entreprises sont habituellement en concurrence mutuelle : aucune coordination n'est envisageable en théorie entre elles - ni souhaitable, selon la pensée économique libérale visant la productivité et l'efficacité comme fonction de la concurrence. Ainsi, une coordination entre les entreprises n'est possible que s'ils se positionnent ensemble face aux écotaxes.(174) Cette coordination - souhaitable pour la politique publique - peut toutefois menacer la libre concurrence. Selon la théorie de Stigler, les entreprises "régulées" cherchent à "capturer" l'administration qui les gouverne. Une fois capturé, l'organe administratif de "régulation" devient celui de l'entreprise, déployant des efforts anticoncurrentiels : l'administration devient, de fait, un agent de l'entreprise.(175) iv. sur les échanges Un problème similaire se retrouve sur le plan international : les mécanismes de régulation peuvent agir comme une forme dissimulée de protectionnisme.(177) Pourtant, une mise en oeuvre adéquate semble corriger le problème des distorsions d'échange(178) ; il faut également rappeler qu'une politique de dissimulation est contraire au Traité de Rome. v. Un impôt régressif? Les impositions écologiques (principalement une hausse de l'impôt sur l'énergie) risquent d'être régressives.(179) cependant, cette difficulté peut être prise en compte et corrigée(180) - par exemple grâce à une réduction de l'impôt sur la consommation. vi. " Dumping " illégal des déchets ? L'un des effets pervers du déversement payant de déchets est d'encourager indirectement les actes de fraude. Cependant, en pratique, l'effet bénéfique des charges est qu'elles encouragent ceux qui paient à contrôler les éventuels déversements illégaux.(181) En pratique, on constate peu de cas de cet effet pervers ("dumping") des taxes écologiques,(182) mais les conséquences peuvent s'avérer très graves. b. Effets bénéfiques Il est à noter que la possibilité de combiner ensemble la croissance économique avec un niveau faible de chômage et, tout à la fois, des améliorations écologiques(183) doit être considérée avec prudence ; sinon, le résultat risque d'être décevant (notamment des distorsions économiques).(184) Cette prudence doit être soulignée lorsqu'il s'agit de tentatives d'emploi de la fiscalité comme outil keynésien anticyclique. Cet avertissement n'indique pas que la fiscalité "verte" ne va pas avoir ii. PIB Les études de cas ont montré que l'incidence des écotaxes sur le PIB peut être minimalisée par une diminution des autres prélèvements obligatoires sur le travail.(189) Une autre façon de minimiser l'incidence sur l'économie serait d'augmenter les subventions pour les économies d'énergie, la recherche et le développement.(190) Les résultats dépendent en partie de l'application des impositions sur la pollution. On peut prévoir que la mise en oeuvre des écotaxes au niveau de la France uniquement n'aurait pas d'effets positifs : iii. Réduction des émissions de CO2 Une imposition sur la pollution peut être efficace seulement si elle est administrée correctement. En effet, une politique fiscale mal conduite peut aboutir à une stagnation économique sans réel impact sur l'environnement.(193) Ainsi, des mesures d'accompagnement sont nécessaires194) - et doivent être bien conçus.(195) iv.La création de marchés nouveaux L'impôt comme incitation économique est un outil ancien de l'interventionnisme fiscal - ce qui a pour effet selon les Néoclassiques de briser les signaux du marché. Néanmoins, l'intérêt général pour la bonne gestion d'un bien public peut être évoqué afin de justifier les techniques d'intervention. Marchés consommateurs Comme on l'a déjà noté, il existe des marchés "niches" (niche markets) écologiques, notamment pour la nourriture et l'entretien du corps, et, également des produits recyclés. Marchés d'enlèvement des ordures Aux États-Unis, on peut citer la privatisation des services sanitaires : des bons achetés doivent être attachés aux sacs poubelles - sinon, ces derniers ne sont pas enlevés. En outre, le recyclage des emballages devient de plus en plus courant. Aussi, dans certains États fédérés, les canettes et les bouteilles sont assujetties à une "caution" de 5 cents l'unité. Par là même, on encourage le recyclage et la dépollution : le consommateur ayant une motivation économique pour ne pas la jeter sur la voie publique. Marchés de biens d'assainissement Les biens d'assainissement ne sont pas perçus comme productifs.(200) Pourtant, le marché de la production de ces biens existe et va très certainement augmenter.(201) De plus, il faut ajouter la possibilité de marchés dérivant de ces biens d'assainissement. Marché des énergies alternatives L'assainissement de l'environnement peut également se faire par le biais de l'économie d'énergie et par l'exploitation des énergies alternatives - comme par exemple, l'essence d'alcool (moins polluante et renouvelable) utilisée au Brésil, l'énergie solaire, thermique, et hydroélectrique ; comme nous l'avons déjà vu, cela peut favoriser une plus grande indépendance énergétique par rapport à l'étranger. Marché du capital Les Pays-Bas combinent de manière concrète l'assainissement "vert" et le marché du capital : il s'agit d'une réduction de l'impôt pour les placements de capital dans certains investissements "verts".(202) Nous venons de constater une variété diverse des outils juridiques possibles pour mettre en oeuvre une fiscaltié verte, et que des réponses aux concernes potentielles d'effets pervers existent aussi. Ainsi la question "quelle fiscalité verte?" est d'ordre politique plutôt que juridique. Conclusion générale : La question de la gestion productive et saine de l'environnement - étroitement liée à l'industrialisation - ne va certainement pas passer au second plan. Au niveau axiologique, le problème réside dans la tension entre "développement" et "production". Ce choix est aggravé en fiscalité par la préférence technique pour une fiscalité simple et la théorie économique non-interventionniste. Il semble que la résolution de ces objectifs différents - voire contradictoires - se trouve dans un autre domaine, en l'occurrence celui de la politique. Dans le domaine juridique, nous avons vu que la problématique de l'environnement trouve sa source dans une conception ancienne de la res communis, et dans une définition atomiste de la souveraineté. Que ces conceptions juridiques soient dépassées - en partie à cause de profondes transformations socio-économiques - nous semble désormais indiscutable ; il découle de cela une carence théorique. En dépit de cela, on peut noter des innovations dans les définitions de "propriété", de nouvelle méthodes afin de déterminer la valeur économique des biens, et toute une série de mécanismes juridiques qui peuvent être employés dans l'élaboration d'une fiscalité "verte" ; en fait, cette fiscalité est une fonction des choix de valeurs. Les fiscalités alors envisageables s'échelonnent de la non-intervention jusqu'à l'interventionnisme. Mais, selon toute probabilité, les écotaxes vont rester un phénomène local, principalement à cause des limitations politiques. Autrement dit, le concept juridique de souveraineté ne protège pas les individus contre la pollution, et empêche même, d'une certaine façon, l'assainissement. De plus, on pourrait ajouter que chaque État - à l'instar des entreprises - a intérêt à déposer ses déchets chez ses voisins. Cet article est la suite d'un premier article publié sur ce même site. Cet article en deux parties est extrait d'un mémoire comportant notes, bibliographie, table des matières et autres annexes. Vous pouvez télécharger le mémoire en texte intégral sur cette page. ![]() |
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