Jurisprudence commentée

L'employeur ne peut imposer à un salarié la fin du télétravail même si le contrat de travail est muet sur le lieu de travail

Le 03/05/2005, par la Rédaction de Net-iris, dans Social / Droit du Travail.

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Selon un Arrêt de cassation partielle de la Chambre sociale de la Cour de cassation rendu le 13/04/2005, par cet arrêt, la Cour de cassation a considéré que l'employeur qui autorise un salarié à travailler chez lui depuis le début de la relation contractuelle, vaut détermination de son lieu de travail.

Analyse de la décision de jurisprudence

Par un arrêt rendu le 13 avril 2005 (pourvoi n°02-47621), la Cour de cassation a considéré que l'autorisation donnée par l'employeur au salarié de travailler chez lui depuis le début de la relation contractuelle, vaut détermination de son lieu de travail.
En l'espèce, un directeur commercial exerçait ses fonctions sans attribution de secteur géographique ou de secteur de clientèle. Dès son embauche, il a effectué les tâches administratives de sa prestation de travail à son domicile, situé à 220 km du siège social de l'entreprise. En raison de l'insuffisance de ses résultats commerciaux, l'employeur lui demanda de venir travailler au siège de la société deux jours par semaine. Refusant, il a été licencié pour faute grave pour refus d'accepter les directives de son employeur.
En l'espèce, il s'agit de savoir si l'employeur a le droit d'imposer à un salarié en télétravail de modifier son lieu de travail, à savoir venir dans les locaux de la société, en raison des mauvais résultats commerciaux réalisés par ledit salarié.
Le juge du fond a reconnu l'existence d'une faute grave à la charge du salarié et l'a débouté de ses demandes en paiement d'indemnités de rupture et d'indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse. Selon lui, le contrat de travail ne comportant aucune disposition relative au lieu d'exécution du travail, l'employeur était en droit de le modifier.
Toutefois, la Cour de cassation adopte une position différente en estimant que dès lors que le salarié effectuait son travail administratif à son domicile et que le fait pour l'employeur de lui imposer de se rendre désormais deux jours par semaine au siège de la société situé à plus de 200 km pour exécuter ce travail constituait une modification de son contrat, le salarié était en droit de refuser la proposition de l'employeur.

Arrêt de la Cour de cassation, Chambre sociale, rendu le 13/04/2005, cassation partielle (02-47621)

Attendu que M. X... a été engagé, le 18 août 1997, en qualité de directeur commercial par la société SDP ; qu'il était stipulé dans son contrat de travail que ses attributions ne comportaient pas l'attribution à son profit d'un secteur géographique ou d'un secteur de clientèle ; que dès son embauche, le salarié a été autorisé à effectuer les tâches administratives de sa prestation de travail à son domicile, situé à 220 km du siège social de l'entreprise ; qu'il a été licencié le 10 janvier 2000 pour faute grave tenant à son refus d'accepter les directives de son employeur, spécialement celle, prise en raison de l'insuffisance de ses résultats commerciaux, lui impartissant de venir travailler au siège de la société deux jours par semaine ; qu'il a saisi la juridiction prud'homale pour obtenir notamment des indemnités de rupture et une indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse ;

Sur le second moyen :

Attendu qu'il n'y a pas lieu de statuer sur ce moyen qui ne serait pas de nature à permettre l'admission du pourvoi ;

Mais sur le premier moyen :

Vu l'article 1134 du Code civil ;

Attendu que pour décider que le licenciement du salarié reposait sur une faute grave et débouter celui-ci de sa demande en paiement d'indemnités de rupture et d'indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, l'arrêt attaqué retient que le contrat de travail ne comportait aucune disposition relative au lieu d'exécution du travail ; que compte tenu de ses fonctions M. X... était amené à se déplacer ; que son contrat de travail précisait que ses attributions ne comportaient pas à son profit la concession d'un secteur géographique ni d'un secteur de clientèle ; qu'il n'avait donc aucune affectation particulière ; qu'ainsi le lieu de travail n'était pas un élément essentiel et déterminant de son contrat de travail ; que le lien de subordination le rattachait au siège de la société ; que s'il était autorisé à travailler chez lui, il ne résulte que de ses affirmations que cette autorisation valait détermination de son lieu de travail ; qu'en demandant au salarié, compte tenu de l'insuffisance de ses résultats, de venir travailler au siège de la société deux fois par semaine l'employeur n'a pas modifié unilatéralement un élément essentiel du contrat de travail mais procédé à un changement de ses conditions de travail, ne faisant en cela qu'exercer son pouvoir de direction dont le salarié n'établit pas qu'il en ait fait un usage abusif ; qu'en refusant cette mesure, le salarié a fait preuve d'une indiscipline d'autant plus caractérisée que dans le même temps il persistait à ne pas satisfaire aux demandes réitérées de son employeur de lui communiquer les renseignements réclamés ; qu'un tel comportement émanant d'un cadre de direction est constitutif d'une faute grave ;

Qu'en statuant ainsi, alors que le salarié effectuait son travail administratif à son domicile et que le fait pour l'employeur de lui imposer de se rendre désormais deux jours par semaine au siège de la société situé à plus de 200 km pour exécuter ce travail constituait une modification de son contrat que le salarié était en droit de refuser, ce dont il résultait qu'il ne pouvait se voir reprocher une faute grave, la cour d'appel a violé le texte susvisé ;

Et attendu qu'en application de l'article 627, alinéa 2, du nouveau Code de procédure civile, la Cour de cassation est en mesure de mettre partiellement fin au litige par application de la règle de droit appropriée en cassant sans renvoi sur la faute grave ;

Par ces motifs : Casse et annule, mais seulement en ce qu'il a reconnu l'existence d'une faute grave à la charge du salarié et débouté en conséquence le salarié de ses demandes en paiement d'indemnités de rupture et d'indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, l'arrêt rendu le 27 novembre 2002, entre les parties, par la cour d'appel d'Amiens ;
Dit n'y avoir lieu à renvoi du chef de la faute grave ;
Dit qu'aucune faute grave n'est imputable à M. X... ;
Renvoie la cause et les parties devant la cour d'appel de Rouen, mais uniquement pour qu'il soit statué sur les points restant en litige ;

Sargos, Président

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