Jurisprudence commentée

A propos de la représentativité des organisations catégorielles pour un syndicat

Le 09/10/2013, par La Rédaction de Net-iris, dans Social / Droits Collectifs.

Vos réactions...

   

Sous quelle condition un syndicat considéré comme catégoriel peut-il se prévaloir des dispositions de l'article L2122-2 du Code du travail ?

Selon un Arrêt de rejet de la Cour de cassation rendu le 25/09/2013, pour se prévaloir des dispositions du Code du travail relatives à la représentativité dans l'entreprise des organisations syndicales catégorielles, l'affiliation à une organisation syndicale catégorielle représentative au niveau national est nécessaire.

Analyse de la décision de jurisprudence

N'est pas représentatif qui veut dans l'entreprise ou l'établissement !

Depuis l'entrée en vigueur de la loi du 20 août 2008, les règles relatives à l'acquisition de la représentativité au sein de l'entreprise pour les organisations syndicales ont été profondément modifiées. L'acquisition de la représentativité est en effet subordonnée à certains critères cumulatifs, et à l'obtention d'un certain score aux élections professionnelles. De plus, lorsqu'il s'agit d'une organisation syndicale catégorielle, les règles sont encore plus précises. Ainsi, selon l'article L2122-2 du Code du travail, l'acquisition de la représentativité pour ces organisations est subordonnée à l'affiliation à une confédération syndicale catégorielle interprofessionnelle au niveau national.

En l'espèce, suite à la signature d'un protocole d'accord préélectoral (PAP), un litige survient entre les organisations syndicales parties. En effet, la fédération Protection sociale travail emploi CFDT demande l'annulation du PAP, au motif que, selon elle, il n'avait pas été signé par les organisations syndicales ayant recueilli la majorité des suffrages exprimés lors des dernières élections professionnelles ; l'un des signataires, le syndicat autonome des praticiens conseils du régime général d'assurance maladie (SAPC), se définissant comme une organisation syndicale catégorielle, considérait en effet que sa représentativité dans l'entreprise devait s'apprécier en fonction des suffrages obtenus dans le collège des praticiens conseils ; étant considéré par certaines organisations syndicales comme représentatif, sa prise en compte dans le calcul de la majorité aurait du être effective.

Le litige est alors porté devant le Tribunal d'instance, Juge de l'élection. Les juges du fonds considèrent que l'accord ne satisfait pas à la condition de la double majorité. Après un pourvoi en cassation, les Juges de la Haute Juridiction donneront raison aux juges du Tribunal d'instance.
Rattaché, d'une part, à l'union confédérale des médecins salariés de France (UCMSF), qui n'est pas interprofessionnelle, et d'autre part à l'Union nationale des syndicats autonomes, (UNSA), qui elle, n'est pas catégorielle, le SAPC, qui n'était donc pas affilié à une confédération syndicale catégorielle interprofessionnelle nationale, ne pouvait donc se prévaloir des dispositions de l'article L2122-2 du Code du travail. Dès lors, sa représentativité ne pouvait, en l'espèce, qu'être appréciée uniquement au regard des suffrages recueillis dans l'ensemble des collèges électoraux. Le protocole d'accord préélectoral - ayant considéré, préalablement aux élections, cette organisation comme représentative - devait par conséquent être annulé.

Finalement, les juges ne font, dans cette décision, qu'une application stricte de l'article L2122-2 du Code du travail.

Arrêt de la Cour de cassation, Sociale, rendu le 25/09/2013, rejet (12-27647)

Attendu, selon le jugement attaqué (tribunal d'instance de Paris 20e, 30 octobre 2012), que la la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés (la CNAMTS) a signé avec diverses organisations syndicales, le 14 septembre 2012, un protocole préélectoral relatif à la détermination des établissements distincts en vue des élections professionnelles ; que la fédération Protection sociale travail emploi CFDT a saisi le tribunal d'instance pour obtenir, à titre principal, l'annulation de l'accord au motif qu'il n'avait pas été signé par les organisations syndicales ayant recueilli la majorité des suffrages exprimés lors des dernières élections professionnelles ; que soutenant que le syndicat autonome des praticiens conseils du régime général d'assurance maladie (le SAPC) était un syndicat catégoriel dont la représentativité devait être appréciée uniquement en fonction des voix recueillies dans le collège des praticiens-conseils, la CNAMTS et le SAPC ont conclu à la représentativité de ce dernier et à sa prise en compte dans le calcul de la majorité relative aux organisations syndicales représentatives ;

Sur l'irrecevabilité du pourvoi n°12-60556 examinée d'office après avis donné aux parties conformément à l'article 1015 du code de procédure civile :

(...)

Sur le moyen unique du pourvoi n°12-27647 de la CNAMTS :

Attendu que la CNAMTS fait grief au jugement de dire que l'accord ne satisfaisait pas à la condition de double majorité, alors, selon le moyen, que les juges du fond sont tenus de répondre aux conclusions des parties ; qu'en l'espèce, la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés faisait valoir, au terme de ses conclusions, que les praticiens-conseils constituaient un corps à part, exerçant des métiers spécifiques, régi par des règles de fonctionnement propres et disposant d'une convention collective particulière et que ces spécificités justifiaient que le syndicat autonome des praticiens conseils soit reconnu comme catégoriel par le tribunal et que sa représentativité soit dès lors appréciée au sein de la seule catégorie professionnelle qu'il représente ; qu'en omettant de répondre à ce chef de conclusions, le tribunal d'Instance a violé les dispositions de l'article 455 du code de procédure civile ;

Mais attendu que le tribunal d'instance a constaté que le SAPC ne pouvait pas se prévaloir des dispositions de l'article L2122-2 du Code du travail dès lors que, rattaché d'une part à l'union confédérale des médecins salariés de France (UCMSF), qui n'est pas interprofessionnelle, et d'autre part à l'Union nationale des syndicats autonomes (UNSA), qui n'est pas catégorielle, il n'était pas affilié à une confédération syndicale catégorielle interprofessionnelle nationale ; qu'il en a exactement déduit que sa représentativité devait s'apprécier au regard des suffrages recueillis dans l'ensemble des collèges électoraux ; que le moyen n'est pas fondé ;

Par ces motifs :

Déclare irrecevable le pourvoi n°12-60556 ;
Rejette le pourvoi n°12-27647 ;

M. Béraud, Président

Vu l'article 700 du code de procédure civile, condamne la Caisse nationale de l'assurance maladie des travailleurs salariés à payer à la fédération Protection sociale travail emploi CFDT la somme de 3 000 euros ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre sociale, et prononcé par le président en son audience publique du vingt-quatre septembre deux mille treize.

MOYEN ANNEXE

Produit au pourvoi n°12-27647 par la SCP Lyon-Caen et Thiriez, avocat aux Conseils, pour la Caisse nationale de l'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS). Le moyen fait grief au jugement attaqué d'avoir annulé l'accord du 14 septembre 2012 relatif à la détermination des établissements distincts de la CNAMTS en l'absence de double condition de majorité ;

Aux motifs que "les praticiens conseils ne bénéficient pas d'une reconnaissance du caractère catégoriel de leur catégorie professionnelle, contrairement aux journalistes ou aux pilotes de ligne. La question est de savoir si l'audience du SAPC doit être appréciée au regard de l'ensemble des collèges ou seulement de celui des praticiens-conseils ; dans le cas où elle s'apprécie tous collèges confondus, les organisations syndicales représentatives, signataires du protocole, ont seulement recueilli 47,28% des suffrages exprimés et ne remplissent donc pas la seconde condition de majorité. Le SAPC est un syndicat catégoriel rattaché à l'UCMSF (Union Confédérale des Médecins Salariés de France), confédération nationale qui n'est pas interprofessionnelle ; le SAPC est également rattaché à l'UNSA, confédération nationale interprofessionnelle mais intercatégorielle ; pour que l'audience du SAPC puisse être appréciée au regard du seul collège des praticiens-conseils, qui permettrait de réunir les deux conditions de majorité, encore faudrait-il qu'il soit rattaché à une confédération syndicale catégorielle interprofessionnelle nationale (Soc. 28 sept. 2011, n°10-19113). Or l'UCMSF n'est pas interprofessionnelle et l'UNSA n'est pas une confédération catégorielle ; à défaut de rattachement adéquat, l'audience du SAPC s'apprécie au regard de l'ensemble des collèges et les organisations syndicales représentatives signataires du protocole ont recueilli 47,28% des suffrages exprimés. Elles ne remplissent pas la seconde condition de majorité ; pour cette seule raison, l'accord du 14 septembre 2012 relatif à la détermination des établissements distincts de la CNAMTS, est annulé en l'absence de double condition de majorité prévue par l'article L2324-4-1 du Code du travail."

Alors que les juges du fond sont tenus de répondre aux conclusions des parties ; qu'en l'espèce, la Caisse Nationale d'Assurance Maladie des Travailleurs Salariés faisait valoir, au terme de ses conclusions, que les praticiens-conseils constituaient un corps à part, exerçant des métiers spécifiques, régi par des règles de fonctionnement propres et disposant d'une convention collective particulière et que ces spécificités justifiaient que le Syndicat Autonome des Praticiens Conseils soit reconnu comme catégoriel par le Tribunal et que sa représentativité soit dès lors appréciée au sein de la seule catégorie professionnelle qu'il représente ; qu'en omettant de répondre à ce chef de conclusions, le Tribunal d'Instance a violé les dispositions de l'article 455 du Code de procédure civile.

© 2013 Net-iris

   

Inscription JuriTravail Avocats

Pour approfondir ce sujet :

Commentaires et réactions :



-