Jurisprudence commentée

Rémunération des gardes de nuit en tant que travail effectif

Le 27/04/2001 par La Rédaction de Net-iris, dans Social / Protection Sociale.

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Selon un Arrêt de rejet de la Chambre sociale de la Cour de cassation rendu le 24/04/2001, les gardes de nuit pendant lesquelles le salarié se trouve immédiatement et en permanence à disposition de l'employeur, constitue un temps de travail effectif, qui doit être rémunéré en tant que tel.
La Cour de Cassation dans une décision du 24 avril 2001, considère comme temps de travail effectif, les heures de garde de nuit effectuées dans un établissement accueillant de jour comme de nuit des pensionnaires, d'autant plus que les interventions du salarié dépassent la simple surveillance, recouvrant ainsi un aspect éducatif qui répond aux besoins et à l'activité de l'établissement.

Analyse de la décision de jurisprudence

Se reporter aux conclusions de M. Kehrig adressées à la Cour, pour comprendre l'enjeu de cette décision.
Notre propos s'attachera essentiellement à rappeler les règles applicables concernant les gardes.
Est considéré comme du temps de travail effectif selon la décision de la Cour :
- le fait que le salarié se trouve à disposition immédiate et permanente de l'employeur afin d'intervenir (aspect éducatif, répond aux besoins et à l'activité de l'établissement ouvert jour et nuit).
- effectue une garde sur le lieu de travail et non à son domicile.
Les heures de garde de nuit constituent dans cette situation, un temps de travail effectif qui doit être rémunéré en tant que tel.
Selon la CJCE la notion de temps de travail doit être appréhendée par opposition à la période de repos. Ainsi il a été reconnu que, le temps durant lequel des médecins de garde sont accessibles en permanence sans être présents sur leur lieu de travail, n'est pas du temps de travail (CJCE 3 octobre 2000).
- Les périodes de gardes effectuées sur le lieu de travail où le salarié est présent physiquement et peu intervenir à tout moment, sont considérées comme du temps de travail effectif.
- Les périodes de gardes effectuées par le salarié, alors qu'il en se trouve pas dans l'établissement (celui-ci n'est pas contraint d'être présent dans l'établissement. ex : système du bipeur), mais peu se présenter rapidement sur demande, ne sont pas considérées comme temps travaillé, car le salariéne fait pas acte de présence physique et peut vaquer à ses occupations. Par contre s'il est appelé, les heures travaillées seront rémunérées en temps de travail effectif.

Arrêt de la Cour de cassation, Chambre sociale, rendu le 24/04/2001, rejet (00-44148)

Demanderesse à la cassation : Association "Etre enfant au Chesnay"
Défendeur à la cassation : M. Moustapha Terki

Attendu que M. Terki a été engagé, à compter du 1er décembre 1994, en qualité de moniteur d'éducation physique, faisant fonction d'éducateur d'internat, par l'association "Etre enfant au Chesnay" gérant un établissement relevant de la Convention collective nationale des établissements et services pour personnes inadaptées et handicapées ; que, le 25 septembre 1995, les parties ont signé un nouveau contrat aux termes duquel M. Terki devenait éducateur en formation ; que, soutenant que des heures supplémentaires lui étaient dues au titre des gardes de nuit, le salarié a saisi la juridiction prud'homale en réclamant le paiement de rappels de salaires et d'indemnités de congés payés afférents.

Sur le premier moyen :
Attendu que l'association fait grief à l'arrêt attaqué (Versailles, 11mai 2000) d'avoir décidé que le salarié devait être rémunéré pour les heures de garde de nuit, alors, selon le moyen, que :

1°/ Selon les termes de l'article L212-2 du Code du travail dans sa rédaction antérieure à l'entrée vigueur de la loi du 19 janvier 2000, seules les hypothèses de dérogation à un texte réglementaire sont subordonnées à l'extension d'une convention de branche ; que la cour d'appel ayant constaté l'absence de tout décret applicable à la branche d'activité concernée, elle ne pouvait exclure qu'une convention collective agréée puisse valablement instituer un régime d'équivalence pour les gardes de nuit ; qu'en effet, l'agrément, qui confère à une convention collective les effets qui s'attachent aux dispositions réglementaires, est imposé dans le secteur médico-social en raison de son financement par des fonds publics et suppose un contrôle du même type que celui qui précède l'adoption d'un arrêté d'extension ; qu'en statuant comme elle l'a fait, la cour d'appel a méconnu le sens et la portée de l'article L212-2 du Code de travail ;

2°/ En affirmant que les heures de garde de nuit constituaient des heures de travail effectif, sans rechercher si ces gardes ne comportaient pas des temps de sommeil et d'inaction, assimilables ou non à des astreintes et susceptibles d'être rémunérés dans les conditions prévues par la convention collective de travail applicable, la cour d'appel n'a pas donné base légale à sa décision au regard des dispositions l'article L212-4 du Code du travail ;

Mais attendu, d'abord, qu'il résulte des articles L212-2 et L212-4 du Code du travail dans leur rédaction alors en vigueur qu'un horaire d'équivalence peut être institué soit par un décret soit par une convention de branche ou un accord professionnel ou interprofessionnel étendu, soit par une convention ou un accord d'entreprise ou d'établissement soumis aux dispositions de l'article L132-26 du Code du travail ; qu'une convention collective agréée ne remplit pas ces conditions ; que la cour d'appel, qui a relevé, d'une part, qu'aucun décret concernant le secteur d'activité considéré n'avait été pris et, d'autre part, que la Convention collective nationale des établissements et services pour personnes inadaptées et handicapées n'avait fait l'objet que d'un agrément, a décidé, à bon droit, que cette convention ne pouvait valablement instituer un horaire d'équivalence ;

Attendu, ensuite, que la cour d'appel a constaté que le salarié devait effectuer ses heures de garde de nuit dans l'établissement, qu'il devait en permanence se tenir à la disposition de l'employeur, que ses interventions dépassaient la simple surveillance, recouvraient un aspect éducatif et répondaient aux besoins et à l'activité d'un établissement accueillant jour et nuit des mineurs de trois à treize ans ; qu'en l'état de ces constatations, elle a exactement décidé que ces heures de garde de nuit constituaient un temps de travail effectif qui devait être rémunéré comme tel ;

D'où il suit que le moyen n'est pas fondé ;

Sur le second moyen :
Attendu que l'association reproche aussi à la cour d'appel d'avoir écarté l'application de l'article 29 de la loi (n°2000-37) du 19 janvier 2000, alors, selon le moyen, que l'intervention du législateur, dans l'exercice de sa fonction normative, n'a eu pour objet que de prévoir des mesures transitoires préalables à la mise en place d'un nouveau régime de calcul de la durée du travail, en limitant la portée d'une interprétation jurisprudentielle isolée, dans un but de sécurité juridique et d'intérêt général, et non de trancher un litige dans lequel l'Etat aurait été partie ; qu'en statuant comme elle l'a fait, la cour d'appel a violé par fausse application l'article 6 § 1 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ensemble, par refus d'application, l'article 29 de la loi du 19 janvier 2000 ;

Mais attendu que le principe de prééminence du droit et la notion de procès équitable, résultant de l'article 6.1 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, s'opposent, sauf pour d'impérieux motifs d'intérêt général, à l'ingérence du pouvoir législatif dans l'administration de la justice afin d'influer sur le dénouement judiciaire d'un litige ;

Et attendu que la cour d'appel a relevé que l'association était chargée d'une mission de service public et placée sous le contrôle d'une autorité publique qui en assure le financement par le paiement d'un prix de journée, que le procès l'opposant au salarié était en cours lors de l'entrée en vigueur de l'article 29 de la loi du 19 janvier 2000 et que ce texte, dont il n'est pas établi qu'un motif impérieux d'intérêt général le justifiait, remettait en cause, au profit de l'association, une jurisprudence favorable au salarié en matière d'heures d'équivalence ; qu'au vu de ces constatations, elle a décidé, à bon droit, par application de l'article 6.1 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'écarter l'article 29 de la loi du 19 janvier 2000 pour juger le litige dont elle était saisie ;

D'où il suit que le moyen n'est pas fondé ;

Par ces motifs : Rejette le pourvoi.

M.Waquet, conseiller doyen faisant fonction de président
M. Merlin, conseiller, rapporteur
M. Kehrig, Avocat général

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